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Sida : en marche vers la guérison

Monsef Benkirane, lauréat du prix Liliane Bettencourt pour les sciences du vivant en 2013, a découvert, avec son équipe de l'Institut de génétique humaine de Montpellier, une protéine permettant de distinguer les cellules réservoirs du virus du SIDA. Cette découverte ouvre une voie entièrement neuve dans la recherche d'un traitement curatif contre le VIH.

LATENCE VIRALE : DEUX DÉCENNIES EN QUÊTE D'UN MARQUEUR

La communauté scientifique internationale cherchait un tel marqueur depuis vingt ans. L'équipe de Monsef Benkirane, à l'Institut de génétique humaine de Montpellier, en collaboration avec les équipes des Dr Lelièvre et Schwartz, de l'hôpital Henri Mondor à Créteil et de l'Institut Pasteur à Paris, l'a identifié. Depuis fin 1996, on sait que la clé de la guérison du SIDA siège dans le réservoir viral, stock de virus cachés dans des globules blancs en dormance, les lymphocytes T CD4+ quiescents. Détruire ces cellules infectées permettrait d'empêcher le rebond viral, quasi-systématique en cas d'arrêt de la trithérapie. L'outil pour les distinguer des autres est à présent connu : CD32a, une protéine exprimée à la surface des lymphocytes infectés et quiescents. La découverte a été publiée dans la revue scientifique Nature le 23 mars 2017, dans un article dont le premier auteur, Benjamin Descours, est post-doctorant sous l'égide de Monsef Benkirane.

UNE PRISE DE RISQUE ESSENTIELLE À LA DÉCOUVERTE

Spécialiste de la biologie moléculaire du VIH, Monsef Benkirane reçoit en 2013 le Prix Liliane Bettencourt pour les sciences du vivant, qui lui a permis de " développer un projet ambitieux et risqué, qui n'aurait peut-être pas été suivi par un financement académique. Pour des chercheurs, ce type de financement est extraordinaire. La Fondation n'allait pas nous demander de rembourser si on ne trouvait rien au bout du compte. "
La quête était effectivement risquée. Bien d'autres équipes avant celle de Monsef Benkirane en étaient rentrées bredouille. Trouver le fameux marqueur distinctif du réservoir revenait à chercher une aiguille dans une botte de foin microscopique. Avec seulement une cellule quiescente infectée sur un million. Contrairement aux autres équipes travaillant sur le même thème, les chercheurs montpelliérains sont partis du principe qu'il était possible d'infecter des cellules en dormance. En s'appuyant sur leur découverte de 2011 d'une protéine inhibant habituellement l'infection par le VIH de cellules ne se divisant pas, ils ont mis au point un protocole pour infecter des lymphocytes T dormants.

Monsef Benkirane raconte : " D’avoir identifié la raison pour laquelle les cellules T CD4 n’étaient pas permissives au VIH nous a permis de développer, pour la première fois, un modèle de latence du VIH basé sur l’infection de ces cellules quiescentes. Les modèles utilisés jusqu’à maintenant consistaient à infecter des cellules activées puis à couper les voies de signalisation pour les remettre en quiescence. Nous avons donc pu étudier l'impact de la quiescence sur le virus."

UN NOUVEAU COMMENCEMENT POUR LA VIROLOGIE

Les chercheurs savent à présent qu'ils tiennent un outil extraordinaire. Monsef Benkirane est enthousiaste : " ce qui est vraiment formidable avec cette découverte, c'est que l'on va pouvoir étudier les réservoirs établis in vivo. Jusqu'ici, il n'y avait que des modèles in vitro, on ne pouvait jamais vraiment être sûrs de la valeur physiologique des résultats. Maintenant, tout ce qu'on va trouver, c'est du vrai ! "

Le ciblage du marqueur CD32a permet de distinguer près de 80 % des cellules du réservoir fonctionnel, celles qui contiennent au moins une copie complète de l'ADN viral, capable de se répliquer pour réactiver la production du virus. S'il faut identifier d'autres marqueurs afin de cibler la totalité du réservoir fonctionnel et vérifier la présence de CD32a dans les réservoirs tissulaires, Monsef Benkirane considère qu’il ne faut se précipiter pour transformer la découverte en applications cliniques : " il faut prendre le temps de comprendre véritablement ce réservoir, parce que finalement, on ne le connait pas. Comprendre permettrait de développer des stratégies efficaces. Il y a urgence pour la guérison, mais cette urgence n'est pas demain. Pour moi, l'urgence immédiate est dans la prise en charge des malades, dans l'adhérence des patients à la trithérapie."

Lorsque ce réservoir viral aura révélé ses origines et ses mécanismes, des approches thérapeutiques pertinentes pourront être développées pour offrir enfin aux malades la possibilité d'une guérison complète.

Photo : Vue d'artiste d'un lymphocyte quiescent infecté dans la circulation sanguine @Fabrice Hyber pour Organoïde Institut Pasteur

"C'est une découverte qui nous amène vers des perspectives extrêmement intéressantes. La première chose à faire, avant de se précipiter pour transformer tout cela en applications cliniques, c'est de prendre le temps - et ne vous inquiétez pas, ça ne va pas prendre beaucoup d'années - pour comprendre véritablement ce qu'est ce réservoir."

"Cette découverte, ce n'est pas la fin, c'est vraiment le début. "

 
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