Le chant choral ne peut se développer en France que s’il existe des gens qui aiment et veulent chanter, notamment des enfants. C’est avec cette conviction que le jury du Prix Liliane Bettencourt pour le chant choral a choisi, cette année, de distinguer une formation qui ouvre de nouvelles voies pour susciter l’envie de chanter. Le point avec la cheffe d’orchestre Debora Waldman, présidente du jury 2025.

Vous avez présidé le jury du Prix Liliane Bettencourt pour le chant choral. Quelle était la tonalité du cru 2025 ?

La sélection réunissait plusieurs maîtrises classiques, largement tournées vers le répertoire sacré et d’autres, plus ouvertes à différents territoires d’expression. Opéra Junior proposait un très vaste répertoire mais aussi de multiples projets particuliers, et assez inédits.

Quel regard le jury a-t-il porté sur cette structure, l’adhésion a-t-elle été unanime ?

Je dois avouer que la découverte d'Opéra Junior a été un moment assez magique. Nous avons écouté, nous avons ensuite eu de très beaux échanges mais étions d’emblée très convaincus par la candidature d’Opéra Junior. Nous avons été séduits par l’excellence vocale qui constitue notre premier critère ; le socle de notre sélection. Nous avons ensuite salué la diversité des projets, avec un vaste répertoire mais aussi des programmes très originaux et des créations. Avec cette décision, nous voulions aussi faire passer un message. Montrer que nos opéras sont de vraies forces culturelles à travers le territoire, et qu’il est essentiel de les soutenir.

Opéra Junior | Prix Liliane Bettencourt pour le chant choral

Ce Prix récompense alternativement un ensemble adulte et une maîtrise d'enfants. Est-ce que cela vous semble important de souligner le travail réalisé avec la jeune génération ?

Ce choix s’inscrit dans une démarche plus globale de la Fondation, qui s’exprime également à travers le festival Chants libres dédié à un large public ou encore le soutien au programme EVE (Exister avec la Voix Ensemble – Philharmonie de Paris) destiné à offrir aux enfants une approche vocale très innovante. Le chant choral ne peut se développer en France que s’il existe des gens qui aiment et veulent chanter, notamment des enfants. La pratique du chant choral est essentielle à mes yeux, et ceci dès le plus jeune âge. Dans mon enfance, on chantait beaucoup. Je suis née au Brésil, j’ai vécu en Israël jusqu’à 15 ans avant de partir pour l’Argentine. Dans ces trois pays, le chant est au cœur de la vie. On chante pour les fêtes, durant les voyages, lors des compétitions sportives. En Europe, et notamment en Allemagne, la tradition du chant est beaucoup plus importante qu’en France. C’est la raison pour laquelle je suis très sensible à la mission que s’est fixée la Fondation, encourager et valoriser l’excellence de nos maîtrises et de nos chœurs. Et, plus largement, donner envie au peuple français de chanter.

Le chant choral ne peut se développer en France que s’il existe des gens qui aiment et veulent chanter, notamment des enfants. La pratique du chant choral est essentielle à mes yeux, et ceci dès le plus jeune âge.

Vous présidez pour la première fois le jury du Prix Liliane Bettencourt pour le chant choral. Comment pensez-vous ce rôle ?

Vous l’avez compris, je suis très attachée à ce double objectif – l’excellence et la démocratisation de la musique. J’espère, à travers ce Prix, porter ces deux valeurs que la Fondation a défendu de façon tout à fait pionnière. Je fais partie du projet DEMOS dédié notamment au public qui ne vient pas naturellement à la musique et au chant. Cette dernière discipline est essentielle à mes yeux. Pour moi, tout est chant. Quand des musiciens professionnels sont réunis dans l’orchestre, on dit que leurs sons chantent. Cette approche, développée par le chef d’orchestre italien Riccardo Muti avec lequel j’ai beaucoup travaillé, a une grande valeur pour moi. Le chant doit être partout. Ma conception de la musique est très vocale, même avec une symphonie de Haydn ou Mozart. De plus, le chant est une merveilleuse façon d’apprendre à vivre ensemble. Il développe le respect, l'écoute, l'acceptation de l'autre ; toutes les valeurs que doivent partager les artistes.

Plus largement, que pensez-vous du rôle que joue ce Prix dans un pays qui, justement, est encore éloigné du chant choral ?

Grâce à cette récompense, cet art reprend sa juste place. Il vient rappeler que le chant est inhérent à l’être humain. Toutes les générations, depuis la nuit des temps, ont chanté, pour célébrer ou se consoler. On ne peut pas, on ne doit pas perdre ce mode d’expression. Le chant nous touche à double titre, lorsqu’on l’entend et lorsqu’on le produit. Et lorsqu’on a la chance de chanter ensemble, on vit quelque chose d’universel.

Lorsqu’on a la chance de chanter ensemble, on vit quelque chose d’universel.

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