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La joie de transmettre dans les métiers d’art

 

Les métiers d’art sont animés par un dialogue inépuisable entre tradition et innovation. Pour que ces métiers rares continuent à exister, la transmission des connaissances et des savoir-faire, est indispensable. La Fondation Bettencourt Schueller a fait de la transmission un axe fort de son engagement pour les métiers d’art. Lumière sur quelques initiatives exemplaires du secteur.

 

MAITRE D’ART – ELEVE, UN DISPOSITIF POUR TRANSMETTRE DES SAVOIR-FAIRE UNIQUES

L’enjeu de ce dispositif est de pérenniser des savoir-faire qui font la spécificité des métiers d’art, participent à la vie économique et culturelle française et pour lesquels l’offre de formation est restreinte ou inexistante. Les Maîtres d’art récompensés partagent une vision pour l’avenir de leur métier et s’engagent à transmettre leurs savoirs et leurs gestes à un élève, pour une durée de trois ans, afin que ceux-ci perdurent et évoluent à travers les époques. L’élève est ensuite guidé dans la construction de son projet professionnel. Cette initiative unique en Europe est accompagnée par la Fondation depuis 2016.

En 25 ans d’existence, le titre de Maître d’Art a été remis à 141 professionnels des métiers d’art par le ministère de la Culture, dans près d'une centaine de spécialités. En décembre dernier, neuf binômes de Maîtres d’Art et d’Elèves ont été nommés, des femmes et des hommes qui manient avec excellence des savoir-faire uniques dans les métiers singuliers de serrurier–cleftier, fabricant de makhilas, lapidaire pierres de couleur-serti mystérieux, passementier…

Parmi eux, Nicolas Marischael, orfèvre aux commandes de la maison du même nom, installée à Paris depuis 1925, et sa fille Mélissa, fière représentante de la quatrième génération d’une famille qui manie l’argent massif comme nulle autre, forment un duo inédit. Le métier d’orfèvre, qui consiste à donner forme et à décorer le métal à froid, existe depuis la nuit des temps. À la maison Marischael, outils et savoir-faire traditionnels se transmettent de génération en génération, toujours avec un certain goût pour la recherche et l’innovation. Ces atouts ont permis à Nicolas Marischael de recevoir en 2015 le Prix Liliane Bettencourt pour l’intelligence de la main® dans la catégorie Dialogues, pour l’œuvre Osmos avec le designer Felipe Ribon. La rencontre entre héritage et modernité est également très fortement incarnée par Mélissa Marischael. La jeune femme, diplômée des écoles Penninghen et Boulle, souhaite diversifier la clientèle de la maison installée au Viaduc des Arts dans le douzième arrondissement de Paris, notamment en lançant une ligne de bijoux en argent.

 

 

L’ACADEMIE DE L’OPERA DE PARIS, CONSERVATOIRE VIVANT DE METIERS D’ARTS

A quelques encablures du Viaduc des Arts, dans les ateliers de l’Opéra national de Paris, la transmission est aussi à l’œuvre. L’Académie, créée en septembre 2015 grâce au soutien de la Fondation Bettencourt Schueller, accueille chaque année en résidence douze jeunes artisans d’art fraîchement diplômés, désireux de perfectionner leur savoir-faire pour le spectacle vivant. Au sein des ateliers du Palais Garnier, de l’Opéra Bastille et Berthier, au contact des artisans d’art de l’Opéra de Paris, leurs tuteurs pour une année, ces jeunes bénéficient de la transmission de savoir-faire d’exception et des dernières avancées technologiques qui font évoluer les métiers d’art de la scène tels que : costumiers, modistes, perruquiers-maquilleurs, tailleurs-couturiers, peintres en décors, sculpteurs, serruriers, menuisiers, tapissiers, encadreurs…

L’Opéra est un véritable conservatoire de métiers d’art rares et précieux. Au total, près de 150 artisans d’art travaillent au sein des ateliers. Les plus jeunes, en formation reconnaissent que l’expérience et le réseau acquis lors de leur résidence constituent un pont unique entre l’école et la suite de leur parcours professionnel, au sein des ateliers de l’Opéra de Paris ou ailleurs.

« Mon expérience à l’Académie a été très enrichissante. Elle a permis de m’ouvrir les portes des ateliers de l’Opéra et de pouvoir accéder à des opportunités extérieures malgré ma jeune expérience. Dorénavant, les portes sont beaucoup plus faciles à pousser » Lisa Philbert, costumière, 2018

 

Lisa Phibert, Atelier Tailleur Costume, Académie de l'Opéra de Paris. © Vincent Lappartient. 

 

LES COMPAGNONS DU DEVOIR, PORTEURS D’INNOVATION ET DE METISSAGE DES SAVOIRS

Les Compagnons du Devoir et du Tour de France sont constitués en une association unique au monde fondée sur le compagnonnage, un système traditionnel de transmission des connaissances et des savoir-faire liés à un métier. Acteurs de la reconstruction de Notre-Dame de Paris aux côtés de nombreux autres artisans d’art, les Compagnons ont été (re)découverts par le grand public au lendemain de l’incendie qui a ravagé la cathédrale. Les Compagnons d’aujourd’hui, porteurs d’un héritage de plusieurs siècles, incarnent une ouverture au monde et à l’innovation sans cesse renouvelée.

Le Tour de France s’internationalise, au contact d’artisans d’art de tous les horizons, les Compagnons enrichissent et métissent leurs savoirs, leurs savoir-faire et leur savoir-être. Les nouvelles Maisons des Compagnons, à l’instar du Pôle d’excellence des matériaux souples ouvert à Pantin en 2016, sont équipées avec les derniers outils et technologies. La pertinence des méthodes développées par les Compagnons du Devoir s’illustre par un taux d’insertion professionnelle de 90 % à l’issue des parcours de formation. En 2015, la récompense Parcours du Prix Liliane Bettencourt pour l’intelligence de la main a été décernée à l’association des Compagnons du Devoir et du Tour de France pour son exemplarité ainsi que pour les valeurs qu’elle porte.

 

Oeuvre exposée pour représenter l'Association Ouvrière, lauréate Parcours du Prix Liliane Bettencourt pour l'intelligence de la main 2015, à Paris lors de la cérémonie. 
© Caroline Doutre / Capa Pictures. 

 

PLUS QU’UNE MISSION, LA TRANSMISSION EST UN ETAT D’ESPRIT, UN DEVOIR

Le pâtissier Pierre Hermé, membre du jury du Prix Liliane Bettencourt pour l’intelligence de la main, témoigne aussi de la valeur de la transmission pour notre société actuelle : « La passion et la recherche de l’excellence sont les moteurs de nos métiers. Mais que devient cette quête si nous ne la transmettons pas aux générations futures ? La transmission est un état d’esprit. La transmission est un devoir. Ensemble, transmettons ! »*

La transmission est au cœur des préoccupations de tous les professionnels des métiers artistiques fondés sur des gestes qui ne peuvent pas être retranscrits par un langage, à l’instar des métiers d’art, de la pâtisserie, de la cuisine ou encore de la danse. Ces métiers qui font la richesse et la beauté de nos cultures dans toutes leurs diversités ne peuvent exister qu’au travers de l’expérimentation, des échanges interdisciplinaires et interculturels, d’essais, d’échecs puis de réussites en interaction avec des passeurs de savoir-faire.

 

*Extrait du discours prononcé lors de la cérémonie qui le nomma commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres en septembre 2019