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Portrait inspirant d’une chercheuse lauréate du Prix pour les jeunes chercheurs

Lisa Roux, lauréate en 2012 du Prix pour les jeunes chercheurs, est revenue en décembre dernier des Etats-Unis où elle a séjourné pour son post-doctorat. Elle va maintenant diriger sa propre équipe de recherche ATIP-Avenir au sein du tout nouveau Neurocampus de Bordeaux.

 

EN PARALLèLE DE VOS éTUDES SCIENTIFIQUES, VOUS AVEZ EU UN PARCOURS SPORTIF. POUVEZ-VOUS NOUS LE RACONTER ? CELA VOUS A-T-IL AIDé DANS VOTRE CHEMINEMENT EN TANT QUE SCIENTIFIQUE ?

Après avoir gagné le championnat de France junior de judo, au cours de mon DEUG à Lyon, j’ai été recrutée par un club professionnel en Ile-de-France. J’ai continué mon parcours d’athlète internationale de haut niveau jusqu’à la fin de ma thèse, un moment où c’est devenu difficile de tout concilier.

Cette expérience m’aide encore ! En sport, il faut se préparer en vue d’objectifs précis, établir une stratégie, respecter une hygiène de vie. En sciences, c’est pareil : il y a des échéances importantes qu’on ne peut pas manquer. Avec les compétitions sportives, on apprend la résistance à l’échec, à utiliser ses erreurs pour progresser, à gérer le stress, ce qui est crucial dans la grande compétition qu’est la science.

Une autre expérience m’a construite : je jouais de la flûte traversière, au conservatoire de Lyon (NDLR : médaille d’or durant son DEUG). Travailler un instrument trois heures par jour, en plus des cours à la faculté et des entraînements sportifs, demande d’être très organisée. Ces différentes activités m’ont appris à gérer mon temps et m’ont ouvert l’esprit.

LE PRIX POUR LES JEUNES CHERCHEURS EST VOTRE PREMIèRE RéCOMPENSE. DE NOMBREUSES AUTRES ONT SUIVI DEPUIS. COMMENT CE PRIX A-T-IL ACCOMPAGNé LE DéPLOIEMENT DE VOTRE CARRIèRE ?

C’était ma première récompense scientifique, un prix prestigieux qui m’a donné beaucoup de visibilité pour toutes les demandes qui ont suivi. Non seulement pour les financements de projets mais également lors de mes candidatures pour devenir chercheur au CNRS et à l’Inserm.

Il m’a aussi permis de mener à bien des projets scientifiques d’excellence lors de mon post-doc à New-York, dans de bonnes conditions, ce qui n’est pas forcément évident dans une ville où le niveau de vie est très élevé, et où les salaires des post-doctorants ne suivent pas.

IL Y AVAIT UNE PRISE DE RISQUE IMPORTANTE DANS LE CHANGEMENT DE THèME DE RECHERCHE ET D’APPROCHE TECHNIQUE ENTRE VOTRE DOCTORAT ET VOTRE POST-DOCTORAT. COMMENT AVEZ-VOUS PRIS LA DéCISION DE REJOINDRE LE LABORATOIRE DE GYÖRGY BUZSAKI POUR éTUDIER LA MéMOIRE ?

Même s’il y avait une véritable continuité conceptuelle entre les deux projets, il s’agissait en effet d’un nouveau système, avec des techniques de pointe en chirurgie cérébrale, l’utilisation de tâches comportementales... La première année, on a l’impression de repartir à zéro. Il faut faire preuve d’humilité, ouvrir grands les yeux et les oreilles, et finalement, on y arrive toujours.

Puis, György Buzsáki est vraiment le spécialiste mondial des oscillations dans le cerveau, un thème qui m’est cher. Je n’ai aucun regret à avoir réalisé mon post-doctorat auprès de lui !

VOUS AVEZ RENONCé A UN PRESTIGIEUX FINANCEMENT DU NIH QUI VOUS AURAIT PERMIS DE CRéER UNE éQUIPE DANS UNE UNIVERSITé AMERICAINE. POURQUOI AVOIR CHOISI DE REVENIR EN FRANCE ?

L’Université de Bordeaux m’a accueillie dans des conditions absolument exceptionnelles, au sein du Neurocampus. C’était une offre véritablement compétitive par rapport à ce que j’aurais connu aux Etats-Unis.

En France, bien que le salaire d’un chercheur soit garanti, il faut obtenir des financements, sans lesquels on ne fait rien, comme aux Etats-Unis. Mais, même si globalement les fonds sont moins importants, la qualité de la recherche en France est excellente. Il y a beaucoup moins de gaspillage qu’aux Etats-Unis dans l’attribution des fonds et ce qui en est fait ensuite.

D’un point de vue plus personnel, je voulais retrouver une qualité de vie qui corresponde mieux à mes idéaux. J’ai deux petits garçons, de 2 ans et demi et 6 mois, et je n’avais pas envie qu’ils grandissent dans une organisation sociale aussi inégalitaire. Même si mon époux et moi aurions pu leur offrir une bonne éducation et des soins de santé, je ne suis pas à l’aise avec l’idée que ceux-ci ne soient pas accessibles à tous.

VOUS êTES LA SEULE FEMME CHEF D’éQUIPE DE L’INSTITUT INTERDISCIPLINAIRE DE NEUROSCIENCES DE L’UNIVERSITé DE BORDEAUX, VOUS AVEZ UNE FAMILLE. AVEZ-VOUS EU UN MODELE ? QUELS CONSEILS DONNERIEZ-VOUS A UNE FEMME QUI SE LANCE DANS LA RECHERCHE AUJOURD’HUI ?

Claire Wyart (NDLR : lauréate de la dotation ATIP-Avenir en 2010) est quelqu’un qui m’inspire, qui a eu des enfants elle aussi durant son post-doctorat et dont la carrière se déroule pour le mieux. Je sais que, tout comme György Buzsáki, elle s’applique à transmettre sa passion de la science à son équipe. C’est également ce à quoi j’aspire pour mon équipe : donner l’envie de faire de la bonne science, rigoureuse, ouverte sur d’autres domaines, avec une véritable synergie entre les compétences de chacun.

Les femmes ont tendance à se sous-estimer. Il est important de se faire confiance, d’être persistante, de ne jamais se décourager. Tout ce qu’il y a à faire, c’est foncer et oser.

Pour concilier vie de famille et carrière scientifique, je n’ai pas vraiment de conseil mais je suis reconnaissante envers mon époux, avec qui nous formons une équipe infaillible sans laquelle il m’aurait été impossible de mener à bien les deux fronts.