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Un nouveau campus au cœur de Paris : entretien avec François Taddei, directeur et co-fondateur du CRI

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Le Centre de recherches interdisciplinaires (CRI), créé en 2005, emménage au cœur du Marais, dans un magnifique campus intégrant lieux de formation, laboratoires de recherche et résidence étudiante. A l’occasion de son inauguration le 4 octobre, entretien avec son directeur et co-fondateur, François Taddei.

« Nous voulons réinventer les manières d’apprendre, d’enseigner et de faire de la recherche, en mobilisant l’intelligence collective », François Taddei.

POUVEZ-VOUS NOUS DECRIRE LE CRI, SES SPECIFICITES ?

Le Centre de recherches interdisciplinaires est né du constat que le système actuel de formation et de recherche, hérité des siècles précédents, doit s’adapter aux défis du 21ème siècle et aux enjeux du numérique. Historiquement, les formations sont basées sur l’existence de disciplines cloisonnées. Or comprendre la complexité d’un phénomène nécessite regards et approches interdisciplinaires. L’objectif du CRI est d’expérimenter et de diffuser de nouvelles manières d’apprendre, d’enseigner, de faire de la recherche et de mobiliser l’intelligence collective. Nous développons des programmes de recherche participative, formons des enseignants à mettre en œuvre des pédagogies innovantes et accompagnons nos étudiants dans des cursus universitaires qui leur offrent un cadre de liberté évolutif et fécond. Nous encourageons nos étudiants à adopter une pensée de “maker” en les invitant à créer des projets inspirés des 17 objectifs du développement durable des Nations Unies en s’appuyant sur des approches interdisciplinaires. Nous comptons plus de 300 étudiants en licence, master et doctorat et en formation continue. Nos cœurs de métier sont les sciences de la vie, l’apprendre et le numérique. Un de nos objectifs est de mobiliser conjointement l’intelligence des Hommes et celle des machines en faveur de l’éducation, de la santé et de l’écologie.

POURQUOI ET COMMENT ENSEIGNER DIFFEREMMENT ?

Plus les machines progressent, plus notre humanité doit progresser. Il est inutile de chercher à battre les machines sur la capacité à mémoriser et à calculer, mais nous sommes seuls à savoir ce qui fait du sens pour nous. Les compétences au cœur du 21ème siècle incluront donc la créativité, la compassion, l’éthique, la communication, la coopération et la critique constructive. Nous accompagnons et aidons les étudiants à développer ces compétences. Les enseignants apportent notamment un soutien méthodologique dans ces apprentissages. Nous les encourageons à accepter le questionnement des enfants et des étudiants, même lorsqu’ils n’ont pas la réponse, et même lorsque la réponse n’existe pas encore. Savoir que l’on ne sait pas, l’avouer à l’élève, c’est parfois difficile, car “savoir” rime souvent avec “pouvoir”. L’enseignant n’est plus l’unique détenteur du savoir, mais il sait comment s’élabore la connaissance, rechercher une information et la vérifier si elle existe. Il devient un mentor accompagnant les jeunes. Nous formons les enseignants et les formateurs de demain aux méthodes d’observation, d’analyse et de questionnement au cœur de la démarche de recherche, pour qu’ils les transmettent à leurs élèves. Notre but : faciliter les apprentissages à tous les âges de la vie. En effet, si nous sommes tous nés chercheurs, le pic de questionnement est à quatre ans ! Les enfants adorent quand il n’y a pas encore de solution. Pour l’enseignant, c’est plus risqué, mais c’est aussi beaucoup plus riche, notamment pour apprendre à gérer le questionnement et même l’échec. Il faut oser aborder des questions dont on n’a pas la réponse : c’est ainsi qu’on apprend à apprendre !

QUELS TYPES DE PROJETS MENENT VOS ETUDIANTS ?

Ils sont très liés aux sciences du vivant, à la santé, au biomédical. Nous avons par exemple des étudiants qui ont été lauréats du concours iGEM, la compétition internationale de biologie synthétique, sorte de Lego de la génétique où l’on assemble des fragments d’ADN. L’objectif d’un projet qui a gagné un titre de champion du monde au MIT : trouver de nouveaux médicaments contre la tuberculose. D’autres étudiantes se sont intéressées aux questions de genre dans la science en créant l’association Wax Science. Pourquoi ces questions se posent encore aujourd’hui ? Quelles sont leur impact sur la recherche et sur la société ? Quelles réponses y apporter ? D’autres ont créé Eligo Bioscience, une start-up pour lutter contre la résistance aux antibiotiques, ils ont obtenu la plus grosse levée de fond pour une jeune entreprise française de biotechnologie. Il y a de multiples projets sur de nombreux sujets. Nous accompagnons les étudiants, et même nos équipes, dans l’identification de leur « ikigai » personnel, un concept japonais définissant le chemin de vie ou la “raison d’être” de chacun, ce pourquoi on se lève le matin. L’ikigai est à l’intersection de ce que l’on aime, de ce que l’on sait faire, de ce dont le monde a besoin et des ressources disponibles pour nos projets. Dans cette optique, chacun peut être une ressource pour les autres en contribuant à l’intelligence collective.

COMMENT EST NE LE CRI ?

Nous l’avons créé en 2005 avec Ariel Lindner qui est aujourd’hui notre directeur de la recherche. Le CRI est né dans les laboratoires de l’Inserm où Ariel moi travaillions à l’époque. Dès la première heure, son directeur général de l'époque, Christian Bréchot, convaincu par la pertinence et la nécessité de notre approche interdisciplinaire, nous a encouragés. Plusieurs autres bonnes fées se sont penchées progressivement sur son berceau. Tout d’abord, la Fondation Bettencourt Schueller, qui nous accompagne et nous soutient de façon déterminante depuis le début. Puis l’Université Paris Descartes, l’Université Paris Diderot et la communauté d’universités et d’établissements Université Sorbonne Paris Cité, au sein desquelles nous développons des programmes d’enseignement en licence, master et doctorat. Enfin, la Mairie de Paris qui, avec la Fondation, a mis à notre disposition jusqu’en 2068 des locaux d’une superficie de plus de 5 000 m² ainsi que 38 logements étudiants rue Charles V dans le IVème arrondissement de Paris.

QUE PERMETTRONT CES NOUVEAUX LOCAUX ?

Une métamorphose et une pérennité aussi, puisque nous avons déménagé une dizaine de fois en 15 ans. Hier encore, nous étions partagés entre deux lieux, à Cochin et Montparnasse. Demain, nous disposerons d’un lieu unique, dont l’architecture a été pour la première fois adaptée à nos besoins, pensée pour favoriser les rencontres, les questionnements et les échanges en veillant à l’inclusion de tous. Grâce à ces nouveaux espaces, nous pourrons accueillir des chercheurs dans un “collaboratoire”, former plus d’enseignants et loger nos étudiants. Notre ambition pour demain ? Démocratiser la formation par la recherche aujourd’hui réservée aux étudiants des meilleures universités mondiales, donner l’opportunité d’expérimenter librement dans nos laboratoires, stimuler l’innovation et la créativité. Ainsi, nos laboratoires disposeront de tous les équipements et infrastructures qui permettront la naissance de concepts et la fabrication d’objets depuis l’échelle nanométrique jusqu’au macroscopique. Le public contribuera ainsi à la recherche participative, il co-créera des projets interdisciplinaires. Nos nouveaux locaux seront un lieu de conception, d’éclosion et de développement collectifs de projets. Ce nouveau campus comprendra aussi une résidence étudiante, gérée par le CROUS. Ces appartements, à la manière de l’esprit des campus anglo-saxons, accueilleront très prochainement une quarantaine d’étudiants à l’image du kaléidoscope qu’est le CRI.

COMMENT COOPEREZ-VOUS AVEC LA FONDATION BETTENCOURT SCHUELLER ?

La Fondation nous aide à faire ce qu’aucun autre acteur ne saurait faire. Nous co-construisons les processus clés. Elle a permis la rénovation des locaux que la Mairie de Paris nous a confiés pour 50 ans. Nous réfléchissons ensemble à la gouvernance, à la structuration du projet. La Fondation nous aide à professionnaliser nos pratiques. Par exemple elle a souligné dès le début la nécessité de structuration, d’accompagnement juridique, de ressources humaines de qualité. Nous nous réunissons tous les mois pour faire le point sur les défis du moment, les opportunités, les enjeux de l’avenir. La Fondation nous aide également à ouvrir des portes pour faciliter certains projets. Comme dans une réaction chimique, elle est un catalyseur qui rend la réaction possible.

QUE DEVIENNENT VOS ETUDIANTS ?

Nous structurons actuellement le réseau des anciens pour les inviter à contribuer à l’avenir du CRI. Leurs débouchés sont très variés : certains travaillent dans la recherche publique, d’autres ont créé des start-up, l’une est comédienne, un autre prépare un long métrage, d’autres encore ont créé des associations et des coopératives… Cette diversité est fantastique : les étudiants qui arrivent sont tous différents, je ne veux surtout pas les rendre identiques. Le CRI est un tout sauf un moule !

LE CRI S’ADRESSE-T-IL A UNE ELITE ?

Nous essayons d’être les plus ouverts possible et de toucher bien plus que nos étudiants. Ils sont d’origines géographiques et sociales variées. Nous encourageons également cette diversité via des programmes comme les Savanturiers où nous aidons à mettre en place des projets de recherche dans les écoles, y compris en zone d’éducation prioritaire, du lycée à la maternelle. Dans nos nouveaux locaux, nous commencerons encore plus tôt puisque nos étudiants développeront « premiers cris », un babylab citoyen qui leur permettra même de travailler avec les parents et les futurs parents. Nous soutenons aussi l’engagement de nos étudiants dans leurs projets vers les communautés les moins favorisées, grâce à CRIforAll par exemple. Après les émeutes de 2005, nous avions mis en place le programme Science Académie pour accueillir des jeunes de quartiers défavorisés dans les laboratoires et leur faire découvrir les sciences. Enfin, le numérique joue un rôle important dans ce partage : nos MOOCs ont formé des dizaines de milliers de personnes et contribué au partage du savoir grâce à une approche open-source et une culture fondée sur l’échange.

VOUS ETES TRES INTERNATIONAL, QU’EST-CE QUE CELA VOUS APPORTE ?

Plus de 50 nationalités sont représentées au CRI. La science est fondamentalement internationale, elle se nourrit de la divergence des regards. Notre conseil scientifique international est à cette image. Sous la présidence de Helga Nowotny et la co-présidence d’Andrew W. Murray, il éclaire les recrutements des chercheurs et veille à la cohérence et à la pertinence de nos choix en termes de politique et d'évaluation scientifique, d’organisation de la recherche et de l’enseignement. Nous développons des programmes de recherche ouverts et collaboratifs pour relever les défis mondiaux en matière de santé et d'éducation, en nous concentrant sur les grands thèmes susceptibles de relier la recherche fondamentale et l'impact sociétal tels que la biologie synthétique et systémique, la co-évolution des intelligences des hommes et des machines, la santé et l’éthique. En matière d’éducation, il est aussi intéressant de regarder comment font les pays qui ont de bons résultats. Les premiers au classement PISA (Singapour en Asie, la Finlande en Europe, le Canada en Amérique) ont des points communs : les enseignants sont bien formés tout au long de leur vie, ils ont appris à coopérer, à chercher. Ainsi, à Singapour, le premier mondial pour PISA, 70 % des établissements scolaires ont des groupes de recherche en interne pour améliorer l’enseignement. Les enseignants se posent collectivement la question sur la manière de faire réussir leurs élèves. L’ouverture internationale, c’est regarder ce que font ces pays et si c’est adaptable en France. L’idée générale est : comment coopérer pour mieux former ?

ET DEMAIN ?

A la demande d’Audrey Azoulay, directrice générale de l’UNESCO, nous allons contribuer à créer un réseau international qui mettra en place une logique de « planète apprenante », où les apprentissages des uns peuvent, via le numérique, faciliter ceux des autres même à l’autre bout du monde. Cela s’appuiera le rapport que nous avions écrit sur la notion de société apprenante, traduit aujourd’hui dans toutes les langues de l’ONU. Il faudra inventer un “GIEC de l’apprendre” (inspiré du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat créé pour rassembler les chercheurs, alerter les gouvernements et les citoyens). On y développera une recherche interdisciplinaire et internationale pour réinventer les manières d’apprendre, incluant la société civile mobilisée via les sciences participatives. Le CRI est une brique de cet édifice, un ferment.

Le CRI à la Fête de la science et à la Nuit blanche

 

Le CRI participe à la fête de la science le dimanche 7 octobre de 14h à 19h, 10 rue Charles V à Paris. Il propose des ateliers, des workshops, des rencontres avec les chercheurs et les étudiants :

- Stand d’information expliquant les projet iSDG Coopetition

- Atelier pour découvrir le monde des plantes médicinales, aromatiques, ou juste décorative

- Atelier expliquant l'ADN

- Atelier de programmation

- Activité pour les enfants, expliquer la technique du gros sel et de l'aquarelle / encre

- Atelier de détection d'OGM

- Atelier de méditation

Le CRI participe également à Nuit blanche le samedi 6 octobre de 19h à 4h du matin sur le thème de la science en mouvement, le mouvement en science. Pour en savoir plus 

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