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Espérance banlieues

Imaginé par Eric Mestrallet et soutenu par la Fondation Bettencourt Schueller, le réseau Espérance banlieues s’apprête à fêter ses dix ans entièrement dédiés à la lutte contre l’échec scolaire dans les quartiers les plus défavorisés. Nos explications et l’expérience de Fabienne Charvolin, présidente de La Cordée à Roubaix -l’une des 17 écoles affiliées à cet ambitieux projet.

 

C’est un moment très symbolique, l’occasion de mesurer le chemin parcouru et d’esquisser de nouveaux défis. Voilà dix ans, le réseau Espérance banlieues s’apprêtait à inaugurer sa première école dans un des quartiers sensibles de Montfermeil (Seine Saint-Denis) avec l’objectif d’offrir un projet pédagogique alternatif pour lutter contre les inégalités scolaires et favoriser la cohésion sociale. Un modèle éducatif bien précis, pensé autour de trois piliers fondateurs : académique avec des classes à effectifs réduits et un enseignement personnalisé, éducatif avec un principe de coéducation avec les familles et intégratif avec une transmission de repères culturels pour favoriser l’intégration dans la société. L’expérience a séduit de nombreux parents puisque le réseau compte désormais 17 écoles (du primaire au collège) à travers toute la France -avec l’ambition affichée d’augmenter encore ce nombre. Des établissements hors contrat soutenus par de grands donateurs -parmi lesquels la Fondation Bettencourt Schueller- et fonctionnant de façon autonome... Même si tous revendiquent la même philosophie et les mêmes ambitions, comme le révèle Fabienne Charvolin qui préside aujourd’hui aux destinées de l’une de ces écoles ; la Cordée, à Roubaix.

 

Dans quel esprit avez-vous créé cette école ?

Nous habitons à Wazemmes, près de Lille ; un quartier où la population est très mélangée et l’échec scolaire fréquent. Nos enfants ont réussi leur scolarité car ils ont bénéficié de soutien à la maison mais j’ai découvert les profondes inégalités que notre système scolaire ne parvient pas à réduire. Je suis passionnée par la pédagogie et je me suis toujours dit qu’une autre école était possible. Et puis, ma découverte de l’expérience pilote de Montfermeil a été le déclic. Je me suis rapprochée d’Espérance banlieues pour concevoir La Cordée, dans la même inspiration. J’ai suivi plusieurs séminaires et créé une association loi 1901 avec des amis. Emballé par notre démarche, le maire de Roubaix nous a aidé à trouver des locaux. Nous avons recruté notre directeur -l’ex-adjoint de l’école de Montfermeil- qui a bâti l’équipe pédagogique pendant que nous réunissions les premiers financements. L’école a été inaugurée à la rentrée 2015 avec 7 enfants, un directeur et 3 enseignants pour les classes de CP au CM2. Aujourd’hui, nous accueillons une centaine d’élèves, de la maternelle au collège.

 

Quels enfants accueillez-vous ?

Notre volonté était de nous inscrire dans la vie de notre quartier -L’Epeule à Roubaix, qui réunit une population majoritairement d’origine étrangère et défavorisée. Nos élèves viennent de familles où l’on ne parle pas forcément le français. Ils sont à 80 % de confession musulmane, essentiellement d’origine algérienne et tunisienne mais nous cherchons à nous élargir à d’autres communautés. Nos classes sont mixtes et nous veillons à cet équilibre.

 

Quelles sont vos méthodes pédagogiques ?

Nous avons choisi, pour La Cordée, un statut « hors contrat » qui laisse une grande liberté aux enseignants quant au choix des méthodes et des manuels Nous respectons les programmes de l’éducation nationale en renforçant significativement les contenus en français, maths et histoire. Nous privilégions des pédagogies largement éprouvées au sein du réseau Espérance Banlieues : Montessori, méthode de Singapour pour les maths. Nos élèves bénéficient d’un enseignement classique mais aussi personnalisé, avec une programmation sur mesure de leur travail, par semaine et par mois. Notre approche est également communautaire -les plus forts aident les plus faibles- ce qui renforce l’investissement de tous. Nous accordons beaucoup d’attention à l’aspect éducatif. Nous cultivons le respect de l’autre, le sens de l’effort et travaillons main dans la main avec les parents pour faire passer, ensemble, ces valeurs. Nos élèves portent un uniforme pour cultiver l’appartenance à cette petite société qu’est l’école ; une cérémonie de lever des couleurs a lieu tous les lundis, avec les drapeaux français et européen. Nous sommes a-confessionnels et ne dispensons aucun enseignement religieux. En revanche, l’histoire des religions est présente, via nos cours d’histoire et d’initiation à la philosophie.

 

Et vos résultats ?

Nos élèves obtiennent, chaque année, des notes supérieures à la moyenne nationale (pour les quartiers prioritaires équivalents aux nôtres) pour les évaluations de CP, CE1 et sixième. Notre première promotion de troisième a passé le brevet l’an passé. Nos 4 élèves de troisième l’ont décroché (100%) , dont 3 avec mention (75%).

 

Et sur le plan financier ?

Les familles participent au fonctionnement de l’école à raison de 50 euros par mois. Pour le reste, nous fonctionnons grâce au soutien de fondations familiales, d’entreprises et développons d’autres formes de dons, comme l’arrondi sur salaire ou en caisse. Notre école est à l’équilibre et nous sommes à la recherche de fonds pour développer nos projets ; nous espérons notamment des aides de la mairie et de la région avec lesquelles nous sommes en contact.  Le réseau Espérance banlieues, soutenu par la Fondation Bettencourt Schueller, participe également à notre financement, dans le cadre d’un accompagnement plus global. Les équipes des 17 écoles du réseau se retrouvent régulièrement pour des séminaires de formation, des échanges de bonnes pratiques et aussi des ateliers plus institutionnels, autour de la gestion ou des relations avec l’éducation nationale.

 

Quels sont vos projets ?

Développer les effectifs de l’école, améliorer encore l’accompagnement des familles, le suivi des élèves décrocheurs, la bonne orientation des enfants à la fin de troisième. Bref, affiner notre exigence pédagogique, pour aller plus loin encore au service de ces jeunes et de leur famille pour qu’ils puissent se projeter dans notre pays.

 

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