En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies destinés à améliorer la performance de ce site et à vous proposer des services et contenus personnalisés.

En savoir plus

X

De nouvelles formations pour favoriser l’insertion professionnelle des chanteurs

On connait l’Abbaye de Royaumont pour son festival d’été et ses prestigieux concerts durant l’année mais on sait moins qu’elle abrite également un centre international pour les artistes de la musique et de la danse. Soutenu par la Fondation Bettencourt Schueller, ce lieu a inauguré en 2019 le pôle « Voix et répertoire » ; une structure inédite qui accueille de jeunes artistes pour des formations de haut niveau, destinées à faciliter leur insertion professionnelle. Explications avec Francis Maréchal, directeur général de la Fondation Royaumont.

 


Francis Maréchal, directeur général de la Fondation Royaumont

 

Votre centre est l’un des acteurs-clé dans l’univers de la musique et du chant choral, secteur très malmené durant la pandémie. Quelle est, tout d’abord, la situation des artistes après ces mois compliqués ?

La période a été très difficile pour les artistes lyriques, notamment ceux qui poursuivaient une carrière à l’international car les systèmes d’indemnisation s’y sont révélés plus aléatoires qu’en France, où la majorité des professionnels ont été protégés par leur statut d’intermittent. Sur le plan de la pratique musicale, beaucoup ont utilisé cette période pour enregistrer des CD, développer une politique de captation, travailler de nouvelles œuvres... Façon de se tenir prêts pour la reprise et celle-ci promet d’être très forte. On sent le public dans une grande demande et la France dispose de nombreux lieux de diffusion qui permettent d’offrir une profusion d’événements musicaux. Le climat est donc assez favorable mais le secteur reste fragile. Dans cette période d’après crise, nous craignons surtout que l’écart ne se creuse entre les artistes très connus et les plus jeunes, qui ne bénéficient pas encore de soutiens financiers, ni d’une grande visibilité. 

 

Vous venez de créer le pôle « Voix et répertoire » destiné justement à cette jeune génération. Quelle est sa mission ?

Il vise à mieux préparer les jeunes artistes à une carrière exigeante, où la compétition est grande. L’un de nos objectifs est de les aider à diversifier leur répertoire, et donc leurs engagements. Nous avons connu une période de grande spécialisation (baroque, renaissance, romantique), nous pensons aujourd’hui qu’un chanteur à l’aube de sa carrière doit posséder davantage de polyvalence. L’oratorio, l’opéra, le récital de chant constituent autant d’expériences utiles pour toute une carrière. Nous proposons aussi de travailler des répertoires moins abordés au cours des études classiques : la musique médiévale, les polyphonies du baroque français ou allemand…. Nos parcours participent à élargir l’expertise des artistes, ils constituent un complément d’expérience après celle des conservatoires.

 

A qui sont destinées ces formations ?

Elles s’adressent à tous les jeunes professionnels du chant : chanteurs, pianistes accompagnateurs, chefs de chants, chefs d’orchestre et de chœur. Nous organisons chaque année une douzaine de résidences d’une durée d’une à trois semaines, dans ce lieu exceptionnel qu’est l’abbaye... Un lieu d’une grande spiritualité, où l’on vit à l’écart du monde et où les artistes, parfaitement concentrés, travaillent avec une grande efficacité.

Ce pôle s’est constitué en 2019 avec 100 étudiants. Grâce au soutien de la Fondation, il a pris son envol en 2020 avec l’accueil de 130 jeunes professionnels et nous avons réussi à préserver toutes les formations, en dépit de la crise sanitaire.

 

Vous œuvrez également -et de façon très concrète- à l’insertion professionnelles de ces jeunes artistes…

Notre offre pluridisciplinaire est assez unique mais nous allons plus loin en mettant nos élèves en relation avec d’éventuels employeurs, notamment lors de nos campagnes d’audition. Organisées en fin de formation -lorsque nos jeunes artistes sont parfaitement préparés- elles sont l’opportunité de rencontres précieuses avec des professionnels confirmés, toujours en recherche de nouveaux talents. La formule constitue un vrai tremplin puisqu’on compte déjà plus de 150 engagements à partir de ces auditions.

 

Au-delà de ces formations, vous menez une réflexion sur le statut du musicien, autour de cette belle formule « d’artiste pensant » …

Avec ce pôle, nous défendons une vraie conviction. Un chanteur ne peut pas se contenter d’être un simple interprète, un exécutant. Il doit en effet devenir un « artiste pensant » ; travailler à une approche plus large du répertoire qu’il défend ; connaître son histoire et ses influences, remonter aux sources. Dans le même esprit, nous souhaitons aider nos artistes à prendre la mesure de leur rôle dans la société, avec des formations autour de la médiation. Nous les préparons à intervenir dans des lieux éloignés de la pratique artistique et nous avons tissé des liens avec des communes voisines (Sarcelles, Garges-les-Gonesse) pour travailler avec les populations les plus fragiles. Nous avons également entamé une collaboration avec l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales pour bénéficier du regard des disciplines qu’elle réunit et documenter nos artistes.

 

Ce type de formation a-t-il des équivalents à l’étranger ? Développez-vous des synergies avec d’autres centres, un échange de bonnes pratiques ?

Nous sommes en lien avec la Haute école de Genève et le centre de musique médiévale de Spello en Ombrie. Nous travaillons aussi avec l’Oxford Lieder Festival et le festival de Lied de Barcelone et nous préparons des collaborations avec l’Allemagne (Berlin et Heidelberg). La dynamique est engagée et nous comptons aller plus loin encore.

 

La Fondation Bettencourt Schueller est désormais l’un de vos mécènes. Quelle aide vous offre-t-elle ?

Elle nous apporte un soutien économique sans lequel nous ne pourrions donner cette ampleur à nos formations. Mais celui-ci est assorti d’une compréhension du projet, d’un échange, d’un entendement très stimulant. La Fondation met aussi à notre disposition son réseau qui se révèle précieux. Nous avons, par exemple, sollicité les Concerts de Poche (une association qui promeut la musique dans les banlieues et les territoires ruraux), dans le cadre de nos stages autour de la médiation. Nous avons également choisi de lancer un programme sur la direction de maitrise d’enfants avec Sarah Koné, de la Maitrise Populaire de l’Opéra Comique. 

 

Et comment imaginez-vous le développement du chant dans les prochaines années ?

Nous avons le sentiment d’être au début d’une nouvelle ère, avec des façons de penser la pratique musicale qui évoluent très vite. La période d’isolement et d’usage intensif des outils numériques liés à la pandémie a amplifié une mutation déjà à l’œuvre. Les agents auront toujours un rôle mais les artistes devront être de plus en plus autonomes, et indépendants. Imaginer leur propre carrière, prendre eux-mêmes leur décision, développer leurs outils de production et de communication. Bref, devenir les navigateurs de leur propre vie…

 

« Les jeunes chanteurs doivent élargir leur expérience, et leur répertoire »

Francis Maréchal