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Penser l’école qui fera les citoyens de demain… Le tour du monde des nouvelles pratiques éducatives

Entretien avec Martin Meissonnier, réalisateur de "Le Bonheur à l'école"

Le titre sonne comme une promesse, le film de 90 mn réalisé par Martin Meissonnier démontre qu’elle peut devenir réalité. Fort d’expériences et de témoignages recueillis aux quatre coins du monde, ce documentaire démontre qu’il est possible de révolutionner des systèmes scolaires souvent obsolètes à l’aide d’actions concrètes et inspirantes. Avec Martin Meissonnier, les coulisses de cette production qui se prolonge par le lancement d’une plateforme internationale, précieux lieu d’échanges de bonnes pratiques.  

 

Comment vous est venue l’idée de ce projet ? De quelles observations êtes-vous parti ?

Voilà 25 ans que je réalise des films sur l’impact du numérique dans nos sociétés. J’ai commencé en 1996 avec un reportage sur l’éducation on line pour Arte, et je reviens aujourd’hui au même sujet, avec un constat : dans un monde où le savoir est en constante évolution et accessible à tous via les outils numériques, l’école ne peut enseigner comme autrefois. Et si l’institution a souvent du mal à accomplir sa révolution, on constate l’émergence de nombreuses expériences qui relèvent le défi. Nous avons eu envie de rencontrer ces gens qui inventent l’école du futur, en intégrant la dimension numérique mais pas seulement. Leur ambition ? Préparer nos enfants à relever les défis humains, économiques et environnementaux auxquels ils devront faire face. Penser l’école qui fera les citoyens de demain.

 

Avez-vous collaboré avec des experts dans le domaine de l’éducation ?

Ma réflexion a débuté dès 2017 et je me suis alors rapproché du chercheur François Taddei, spécialiste en génétique moléculaire et en éducation. Fondateur du CRI et responsable du département « Frontières du vivant et de l’apprendre », François conçoit et accompagne de nombreuses approches éducatives innovantes, telles que les Savanturiers de la Recherche (ndlr, projet soutenu par la Fondation Bettencourt Schueller). Il nous a apporté sa vision transversale des problématiques et des solutions.

 

Les expériences que l’on découvre dans le film sont très diverses. Comment les avez-vous sélectionnées ?

Nous avons tourné en Inde, en Suisse et en Allemagne avant d’être rattrapés par la pandémie. Nous avons réussi à partir ensuite en Estonie, au Portugal et en Angleterre mais avons dû renoncer aux Etats-Unis, au Canada et à la Finlande. Ce documentaire réunit les expériences d’une douzaine d’écoles autour de trois axes. Apprendre à apprendre, connexion et déconnexion, citoyen de demain. Pour le reste, nous avons suivi nos coups de cœur et nos intuitions.

 

 

Quelles expériences vous ont semblé les plus novatrices ?

L’Estonie nous a paru très en avance dans sa capacité à penser l’école de l’avenir. Nous avons tourné, à Tallinn, dans un établissement où le numérique infuse la vie au quotidien. Les livres et les cahiers d’exercice sont tous en ligne ; élèves, enseignants et parents communiquent via e-school, pour toutes les classes et toutes les matières. Le numérique est aussi au cœur des apprentissages. Nous avons filmé une expérience de cours de chimie dispensé via un laboratoire virtuel qui permet aux élèves de quatrième de travailler avec les atomes ; tandis que d’autres suivent des ateliers de programmation de drones qui mettent en application leurs cours de maths, de physique, d’informatique. Pionnier dans la réinvention de son système d’enseignement, le pays en tire déjà les bénéfices avec, selon l’OCDE, le taux européen le plus faible en termes de décrochage scolaire.

 

Si le numérique est au cœur des apprentissages, vous présentez aussi des initiatives autour de la prévention des risques qu’il induit…

C’est un aspect essentiel. Nous avons filmé, en Belgique, des cours de prévention contre les réseaux sociaux et le harcèlement. Dans un collège de Colombes, nous avons suivi des ateliers de sensibilisation aux dangers du numérique organisés par une chercheuse en cybersécurité qui travaille avec les enfants autour du piratage, en collaboration avec le ministère de la Défense.

 

Et si le numérique change nos vies, il faut aussi réapprendre à vivre avec le réel…

 On n’a pas forcément besoin du numérique pour apprendre ! A Bratsch, en Suisse, une équipe pédagogique a imaginé une école d’un genre nouveau, qui s’adapte à l’enfant et non l’inverse, qui suscite l’imagination et le désir d’apprendre. Un exemple ? Des élèves de CE2 ont décidé d’adopter des tortues et l’enseignant est parti de ce désir pour développer un projet sur mesure qui mêle les apprentissages : dessin, biologie, vocabulaire, mathématiques… D’autres élèves ont créé des poulaillers, des jardins et ont même fait revivre un restaurant. Désormais réputée dans tout le canton, l’école a participé à redonner vie au village, dont la population a doublé en quelques années.

 

Le travail d’équipe est au cœur de ces nouvelles pédagogies, tout comme l’empathie...

Dans ce domaine, l’expérience de la Riverside School en Inde est exemplaire. Fondée sur l’altruisme, elle développe un projet baptisé « I Can » et destiné à tous les élèves. L’objectif ? Participer à changer le monde en s’engageant dans une activité citoyenne pour contribuer au mieux-être de la communauté. Certains s’occupent d’enfants malades, d’autres créent des ateliers pour des personnes âgées, d’autres encore travaillent avec des chercheurs pour créer des prothèses remplaçant un membre amputé. L’expérience, extraordinaire, se double d’une pédagogie fondée sur l’entraide. Ici, pas de compétition. Les notes sont réservées aux examens nationaux avec, in fine, d’excellents résultats.

 

 

LA DIMENSION INTERNATIONALE EST-ELLE UN ATOUT ? CES INITIATIVES PEUVENT-ELLES ÊTRE REPRODUITES ?

Au-delà des cultures locales, nous nous sommes attachés à dégager une certaine universalité de l’éducation, ancrée autour de valeurs communes. Ces expériences peuvent toutes être partagées et c’est là notre objectif. Inspirer, donner envie de réinventer le système en offrant une boite à outils de pédagogies neuves, à destination des professeurs et des élèves.

 

DANS CET ESPRIT, VOUS LANCEZ ÉGALEMENT UNE PLATE-FORME INTERACTIVE, GRATUITE ET BILINGUE. COMMENT VA-T-ELLE SE DÉVELOPPER ?

Il s’agit d’un lieu de partage et d’échanges ouvert à tous. Enseignants et élèves nous envoient des vidéos d’expériences innovantes qui sont diffusées sur le site, après examen de nos modérateurs. Une trentaine est déjà en ligne et le projet vient tout juste de démarrer ! 

 

VOUS TRAVAILLEZ ÉGALEMENT À 3 FILMS DONT LA DIFFUSION EST PRÉVUE EN 2022.

Soutien précieux pour la réalisation du film sur le Bonheur à l’école, la Fondation Bettencourt Schueller poursuit son accompagnement afin que nous puissions enrichir l’expérience. Nous continuons les tournages et les productions en Estonie, en Afrique du Sud, en Belgique, mais aussi au Maroc ou en Allemagne. Le tout avec une conviction, le bonheur ne demande qu’à faire école...