« L’entrepreneuriat possède une capacité réelle à transformer des destins » Grand entretien avec Éloïc Peyrache, directeur général d'HEC Paris
Éloïc Peyrache
Directeur général d’HEC Paris
Voir la biographieDepuis 2023, la Fondation a noué un partenariat avec HEC Paris afin de sensibiliser à l’entrepreneuriat des femmes, des jeunes, mais également d’accompagner des entrepreneurs sociaux. L’ensemble du projet donnant lieu à la production d’un programme de recherche. Echange avec Éloïc Peyrache sur les enjeux de cet ambitieux dispositif, baptisé HOPES.
Depuis septembre 2023, la Fondation accompagne HEC Paris dans le déploiement du projet HOPES (HEC Ouvre la Porte à l’Entrepreneuriat Social). Pouvez-vous nous présenter la genèse de ce programme ?
Le projet HOPES est d’abord l’expression d’une conviction inscrite dans l’ADN de l’école. L’esprit entrepreneurial est un formidable outil d’ascenseur social, avec une capacité à transformer des destins. À HEC Paris, nous partageons aussi l’idée qu’il ne faut pas forcément des diplômes très élevés pour créer ou développer une activité. Beaucoup de gens ont les talents pour cela et il faut leur donner leur chance.
Ce point de vue entre en totale résonance avec l’esprit de la Fondation qui a choisi pour signature la très belle formule « Donnons des ailes aux talents ». Par ailleurs, la Fondation partage également avec HEC Paris une quête d’excellence. Le projet HOPES est né de cette convergence et d’une volonté commune : tirer parti de l’expertise d’HEC Paris en termes de pédagogie pour la mettre à disposition de personnes qui n’y ont pas forcément accès.
HOPES se déploie notamment autour du programme HEC Stand Up. Pouvez-vous nous préciser les objectifs de ce programme ?
Avec Stand Up, nous cherchons à démocratiser l’accès à l’entrepreneuriat pour des femmes en situation de vulnérabilité socio-économique ; des femmes souvent issues des quartiers prioritaires, éloignées de l’emploi, de la formation et de tout réseau. Cet accompagnement entièrement pris en charge est axé sur le savoir-être, le passage à l’action et les compétences business avec un objectif : leur redonner confiance, autonomie et indépendance financière en les aidant à créer leur entreprise ou à retourner à un emploi salarié. Avec la Fondation, notre ambition est d’accompagner 10 000 femmes d’ici fin 2028 sur l’ensemble du territoire français. Ce programme revêt une importance toute particulière à nos yeux, car il permet aussi à ces femmes de devenir des « rôles modèles ». Leur expérience fait école, auprès de leurs enfants, dans leur quartier.
Dans le même esprit, nous travaillons avec la Fondation, à la déclinaison de ce programme pour des jeunes de 18-30 ans. Notre but est de les aider à lever les freins psychologiques pour qu’ils puissent développer des compétences entrepreneuriales et prendre leur vie en main. Dans la continuité de ces programmes, le dispositif HEC Up prolonge l’accompagnement pour ceux qui veulent monter en compétence après la création d’une entreprise.
Vous venez également de lancer un nouveau projet, destiné cette fois aux lycéens.
En effet, nous avons récemment mis en place le programme Jeunes Innovateurs pour des lycéens en classe de seconde qui doivent, durant l’année scolaire, effectuer deux semaines de stage en entreprise. Or, chaque année, environ 150 000 jeunes ne trouvent pas de stage. Ils envoient des CV qui restent sans réponse ou celle-ci est négative. Cette situation n’est pas sans conséquence. Elle crée de la déception et peut participer à l’émergence d’une vraie colère sociale. Les jeunes se disent qu’ils ne sont pas attendus, ou pire, qu’ils n’ont pas leur place dans la société.
Voilà pourquoi nous avons mis en place ce programme qui propose à des jeunes, durant ces deux semaines, une initiation à l’entrepreneuriat. Pour cela, nous travaillons avec leurs professeurs qui sont immergés dans la pédagogie d’HEC Paris. Avec le soutien de la Fondation, nous déployons cette année le programme dans 42 lycées pour un millier de lycéens en région parisienne, à Marseille et bientôt à Toulouse. L’objectif est d’amplifier encore notre impact dans les années à venir et viser plusieurs milliers de bénéficiaires.
Dans le même temps, vous avez également choisi de travailler avec les entrepreneurs sociaux via l’Accélérateur ESS.
Avec une question : comment aider ceux qui aident ? Dans ce cadre, nous nous intéressons à des entreprises qui présentent un modèle économique particulier : des entreprises sociales et solidaires qui réinvestissent dans leur structure l’intégralité de leurs ressources ou des associations. Dans tous les cas, notre objectif est de les aider à changer d’échelle, à consolider leur modèle économique et à renforcer leur impact social. Présent jusqu’ici en Île-de-France, ce programme s’est déployé dans deux nouvelles régions (région Sud et région Normandie) grâce au soutien de la Fondation.
Dernière dimension enfin, celle de la recherche.
Cet axe s’inscrit dans le droit fil des deux autres. Notre volonté est de partir des expériences menées via ces programmes pour mesurer les évolutions positives de comportement qui peuvent survenir et réfléchir aux leviers psychosociaux qu’il faut adresser pour les induire. Notre propos est de procéder à des mesures d’impact pour évaluer ce qui fonctionne et ce que l’on peut améliorer. Avec la Fondation et les équipes dédiées à ce programme au sein d’HEC Paris, notre volonté est de produire de la connaissance pour la diffuser largement, afin que d’autres s’en inspirent et améliorent à leur tour leur propre dispositif.
« L’entrepreneuriat possède une capacité réelle à transformer des destins. » Éloïc Peyrache
Nous sommes désormais au mitan de ce partenariat. Comment allez-vous le faire évoluer jusqu'en 2028 ?
Notre évolution sera largement tournée vers une amplification de l’impact des programmes. Nous avons doublé le nombre de femmes sensibilisées à l’entrepreneuriat via le programme Stand Up entre 2024 et 2025 et maintenons l’objectif de 10 000 femmes en cinq ans. Pour le dispositif Jeunes Innovateurs, nous sommes passés de 25 jeunes accompagnés en 2024 à un objectif de plus de 1 000 en 2026. Notre volonté est de continuer sur cette lancée tout en conservant un ancrage très humain.
Par ailleurs, nous allons poursuivre notre développement dans les territoires, notamment avec le programme Accélérateur ESS, qui se déploiera dans une région supplémentaire chaque année. Enfin, nous travaillons avec la Fondation à une déclinaison de ce programme, spécifiquement pour les associations.
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HOPES est le fruit d’une collaboration très étroite avec la Fondation. Au-delà du financement, que vous apporte-t-elle dans le déploiement de ce programme ?
Les équipes de la Fondation jouent un rôle très important. Elles nous challengent, nous donnent envie d’aller plus loin en termes d’impact, tout en gardant une même vision à long terme qui est dans le cœur de la relation. Par ailleurs, la rencontre entre nos deux univers est également très positive et notre objectif est de connecter au maximum nos écosystèmes. Pour cela, nous échangeons beaucoup ; nous essayons en permanence d’améliorer nos programmes et nous nourrir des expériences de chacun avec une conviction : ensemble, on est plus forts.
HEC Paris est désormais engagé dans une importante politique d'action à impact social. Quels sont les enjeux de ce choix pour une école comme la vôtre et comment le projet HOPES s'intègre-t-il dans la stratégie globale de l’école ?
Les valeurs de ce programme sont alignées sur celles d’HEC Paris – les questions d’excellence et de diversité, l’esprit de curiosité et, bien sûr, l’entrepreneuriat. Mais l’esprit d’HEC Paris évolue aujourd’hui pour faire face aux nouveaux défis de nos sociétés. L’assèchement du débat d’idées, la méfiance envers la science, la panne de l’ascenseur social… Face à cela, nous avons besoin de faire émerger de nouvelles idées, notamment en Europe.
Ces questions sont très importantes pour une école comme HEC Paris et nous considérons que nous sommes dans un moment particulier, où nous devons repenser l’exercice de notre responsabilité. Face au manque de confiance dans la science, nous élargissons notre pôle de recherche en veillant à ce que les travaux de nos chercheurs soient à la fois influents dans le monde académique, mais également mis à la disposition de tous pour inspirer les décideurs. Face aux défis de l’ascenseur social, nous n’octroyons pas seulement des bourses pour soutenir des étudiants qui n’ont pas les moyens de financer leur formation à HEC Paris, nous cherchons concrètement à changer les destins de milliers de personnes chaque année. Enfin, l’ADN de l’école est aussi d’être une plateforme d’innovation, au travers de l’incubation de projets répondant à ces défis de société, mais également par le passage à l’échelle des entreprises et organisations françaises.
La raison d’être de notre école est aussi là, et elle est totalement en ligne avec l’esprit même de la Fondation.
Éloïc Peyrache
Directeur général d’HEC Paris
Diplômé de l'Ecole Normale Supérieure de Paris-Saclay, agrégé d'économie, il est titulaire d’un Master d’Economie Mathématique et d’Econométrie et d'un doctorat d’Economie de l’Ecole d’Economie de Toulouse (TSE). Il a été doctorant visitant à l’université Northwestern de Chicago (2000) ainsi qu’à l’université Autonoma de Barcelone (2001).
Ses travaux de recherche portent à la fois sur la théorie des contrats et les questions du genre.