Avec l'association Ce qui compte vraiment La jeunesse d’aujourd’hui raconte celle d’hier
Lancée en 2021 par l’autrice Anne-Dauphine Julliand, cette association met en relation une personne âgée vivant en résidence senior et un lycéen chargé de mettre en récit ses souvenirs et témoignages. A l’occasion de la remise des éditions 2026 à l’Hôtel de Ville de Versailles, un premier bilan de cette initiative soutenue par la Fondation, qui favorise le lien entre les générations.
C’est un événement qu’ils n’auraient manqué pour rien au monde ! Le 30 juin dernier, 35 personnes âgées se sont retrouvées dans les salons de l’Hôtel de Ville de Versailles pour recevoir officiellement le livre qui leur était consacré, écrit par un lycéen présent à leurs côtés. Un moment aussi intense qu’émouvant pour chacun de ces binômes, qui partageaient la même fierté, et la même émotion, en découvrant ce précieux ouvrage.
Cette année, 50 cérémonies de ce type ont été organisées à travers la France par l’association Ce qui compte vraiment, lancée en 2021 sous l’impulsion de sa fondatrice Anne-Dauphine Julliand.
« Je m’étais déjà intéressée à une initiative espagnole qui proposait l’écriture de biographies durant le séjour de seniors à l’hôpital. L’idée de mettre en relation des personnes âgées et des jeunes – avec souvent quatre générations d’écart – est née durant la pandémie. J’ai entendu le témoignage d’une jeune fille de 16 ans qui disait : “ce que je vis est horrible, cela ne pourrait pas être pire”. Et peu après les paroles d’un homme qui racontait son enfance durant la guerre et j’ai pensé qu’il était très important, non pas de savoir qu’il y a eu pire mais que l’humanité a vécu des choses très difficiles, et qu’elle a toujours survécu. Autrefois, plusieurs générations vivaient ensemble et les récits des grands-parents apportaient cette forme de réassurance. »
Anne-Dauphine JulliandFondatrice de l'association Ce qui compte vraiment
Un projet personnel, sans considération d’évaluation
Anne-Dauphine Julliand donne alors forme à ces rencontres avec le projet Chaque histoire compte vraiment, demandant à des jeunes de consigner les récits recueillis auprès de personnes âgées. Pour cela, elle se rapproche de deux proviseurs de lycées qui adhèrent à sa démarche, suscitant l’intérêt de plusieurs lycéens, de toutes filières. L’élan sera le même au sein de deux résidences seniors de la région et elle commence à former des duos tout en travaillant à la structuration du projet. Celui-ci repose largement sur l’encadrement des jeunes par des bénévoles de l’association. Au fil d’une séance toutes les trois semaines, ceux-ci accompagnent les lycéens dans leur travail d’écoute et de restitution écrite des propos recueillis. Eux-mêmes bénéficient des conseils d’un éditeur sur la façon d’encourager l’écriture.
En revanche, si les enseignants sont informés de l’expérience, ils ne sont pas directement sollicités. « Nous souhaitons que les jeunes vivent cela comme un projet personnel, hors de toute considération d’évaluation car je pense que cette liberté contribue au succès du projet », précise Anne-Dauphine Julliand.
Le défi pour les jeunes, trouver les questions qui font émerger le souvenir
Cette réussite est une évidence à la lecture des ouvrages qui surprennent par la richesse des témoignages et la qualité de l’écriture. Pour les jeunes, le défi est de susciter la parole au fil de rencontres régulières, alors que les personnes âgées disent souvent qu’elles n’ont, au fond, pas grand-chose à raconter. Le déclic tient aux questions qui font mouche : un détail de l’enfance, des copains d’école, un premier enfant. Pour Chloé, lycéenne de 17 ans, le fil rouge sera la photographie. « Dès mes premiers échanges avec Christian, j’ai découvert qu’il s’animait lorsqu’il parlait de ses voyages. Nous avons feuilleté ensemble ses albums photos qui déroulaient les étapes de sa vie, et notamment des jours heureux. J’ai compris que cela lui faisait du bien d’en parler ».
Cette écoute attentive guide parfois la structure même du texte. Alors qu’un senior commençait chacune de ses évocations par le souvenir d’un dîner, un adolescent a eu l’idée de construire chaque chapitre autour d’une recette, comme autant de symboles de moments retrouvés. Un autre, en lien avec une personne atteinte d’une déficience cognitive, a réalisé qu’elle était très sensible à la musique. Il a eu l’idée de lui demander quelles étaient ses chansons préférées et chacune a fait resurgir des souvenirs aussi puissants qu’oubliés. Preuve de la pertinence de choix, elle s’est totalement reconnue – retrouvée – dans ce livre.
Pour les personnes âgées, le plaisir de réaliser que l’on compte encore
Dans tous les cas, l’expérience est vécue comme un moment très fort. Pour la personne âgée, c’est l’expression d’un lien qui s’est tissé alors que beaucoup vivent dans une réelle solitude. C’est aussi une occasion de réaliser qu’ils comptent encore, pour ce qu’ils sont et ce qu’ils portent. « J’ai compris que mes souvenirs intéressaient Chloé. Elle m’a interrogé sur mon enfance pendant la guerre, mon service militaire. J’ai découvert que ces expériences avaient un écho en elle. Qu’elle se demandait ce qu’elle aurait ressenti, comment elle aurait agi à ma place », confirme Christian.
Pour les jeunes, l’expérience est, au moins, aussi intense. « J’ai eu accès à une autre époque et cela m’a passionnée. Je me suis plongée aussi dans une vie avec ses bonheurs et ses difficultés et j’ai été bluffée de voir comment Christian a réussi à les surmonter, ou à faire avec. J’ai trouvé cela très émouvant, et très rassurant », poursuit Chloé. Quels que soient les bénéfices retirés, l’expérience se révèle toujours marquante, confirme Anne-Dauphine Julliand : « Les jeunes des précédentes promotions reviennent à l’association pour dire à quel point l’expérience a été formatrice. Ils nous disent qu’elle a enrichi leur capacité, et leur plaisir, à échanger ».
Forte de ses premiers succès, l’association connaît un développement rapide. Pour la seule année 2025-26, le projet a réuni 512 binômes, 65 lycées, 86 établissements senior et 220 bénévoles. Le soutien de la Fondation sur les enjeux de structuration et de changement d’échelle lui permet d’accélérer son déploiement régional et d’amplifier son impact. Par ailleurs, elle entend également s’interroger sur d’autres façons de tisser le lien, notamment autour de la création de podcasts. Mais toujours une affaire de récit, de lien et de transmission…
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