Pensée au lendemain du confinement, l’association propose aux personnes qui connaissent des troubles psychiques (dépression, burn-out, anxiété…) de pratiquer une activité physique en douceur en rencontrant d’autres personnes, dans un cadre positif et bienveillant. Pour cela, elles suivent un programme imaginé sur trois mois dont les résultats positifs sont à nouveau validés par une récente étude internationale.

Vous avez créé cette association en 2021, dans quel esprit l’avez-vous pensée ?

L’idée est née d’une expérience personnelle. En 2020, mon fils de 20 ans a vécu un épisode dépressif relativement sévère. Très sportif, très sociable, il a subi de plein fouet la pandémie. La maladie a entraîné un repli sur soi et une réduction de son activité physique qui assombrissait encore son humeur. En revanche, dès qu’il parvenait à se mobiliser pour faire du vélo ou simplement marcher, il allait mieux dans les heures qui suivaient. J’ai moi-même fait du sport toute ma vie et j’ai toujours constaté à quel point cela me permettait de préserver mon équilibre. Ces éléments m’ont incité à m’intéresser davantage au sujet, et j’ai notamment découvert les recommandations de la Haute Autorité de Santé de prescrire une activité physique en cas de dépression. L’HAS précise qu’elle peut constituer un outil thérapeutique de première intention, avant les médicaments ou la psychothérapie pour les dépressions légères à modérées, ou en complément pour les plus sévères. Dans le même temps, j’ai réalisé que les personnes en dépression ont souvent du mal à pratiquer une activité physique. Peu de cadres sont proposés pour cela. La pratique du sport seul est compliquée, s’inscrire dans un club encore davantage, car cela implique d’affronter le regard des autres. 

Partant de cette expérience, comment avez-vous pensé votre association ?

J’ai choisi de me consacrer exclusivement à la construction de ce projet. Durant un an, j’ai travaillé avec des chercheurs pour définir le cadre idéal d’un point de vue scientifique (durée du programme, nombre et intensité des séances). J’ai aussi mené des entretiens avec des personnes concernées, adressées par des médecins et des psychologues contactés dans le cadre de ces recherches, pour mieux comprendre leurs besoins et envies. Sur ces bases, j’ai élaboré le programme Je bouge pour mon moral qui est au cœur de l’action de l’association. L’objectif : se remettre en mouvement ensemble, et retrouver durablement une bonne santé mentale.

Quel est, concrètement, le contenu de ce programme ?

Il propose douze semaines d’activité physique entre pairs, animées par des enseignants en activité physique adaptée, formés à la santé mentale. Nous proposons deux activités : marche nordique ou cross-training, qui concernent davantage les plus jeunes. Les participants pratiquent deux séances hebdomadaires. Celles-ci sont collectives et l’émulation du groupe est un facteur clé dans la réussite du projet. Il favorise un soutien mutuel et participe à créer un sentiment de communauté.  

À partir de la septième semaine, une séance sur deux se déroule sans l’enseignant, afin de préparer à une autonomie de la pratique. À l’issue des trois mois, nous proposons un suivi d’un an avec une activité mensuelle qui réunit des personnes de promotions précédentes, même si la plupart des anciens participants ont, par ailleurs, créé des groupes WhatsApp pour pratiquer ensemble. 

Enfin, nous proposons des bilans en fin de programme, pour orienter ceux qui le souhaitent vers des clubs, des associations sportives, des maisons Sport Santé. Dans la quasi-totalité des cas, nos adhérents ressentent les effets positifs de cette activité, un mieux-être dès les premières semaines. 

Comment les gens viennent-ils à vous ?

Les réseaux sociaux sont la principale fenêtre de l’association, mais nos membres nous contactent aussi sur recommandation de leur médecin ou par le bouche-à-oreille, qui fonctionne aussi très bien. Les personnes intéressées s’inscrivent en ligne pour un rendez-vous téléphonique avec nos chargés de relation, qui présentent notre programme. Elles doivent ensuite faire valider leur inscription par leur médecin, pour s’assurer qu’il correspond bien à leurs besoins. Ce rendez-vous constitue un enjeu très important, qui dépasse notre action. Nous avons, en effet, constaté que la moitié des personnes qui nous contactent et présentent des troubles dépressifs ne sont ni diagnostiquées, ni accompagnées. Ce rendez-vous leur permet d’être diagnostiquées et de bénéficier d’autres accompagnements, si cela est nécessaire. Une fois cette démarche effectuée, nos bénéficiaires passent un bilan d’entrée avec l’un de nos enseignants qui fait le point sur leurs motivations et lève les freins éventuels à la pratique.

Marche nordique organisée par l'association "Je bouge pour mon moral" © DR
Activité organisée par l'association "Je bouge pour mon moral" © DR

Comment fonctionne votre association ? Combien de personnes sont suivies et dans quelles régions de France vous déployez-vous ?

L’association a été créée dans le Grand Est et nous sommes désormais présents dans onze villes de la région. Nous nous déploierons bientôt dans d’autres villes : Lille, Nîmes et Bordeaux cette année, puis Marseille en 2027, avec l’objectif d’une couverture nationale en 2030. 

Nous disposons d’un bureau dans chacune des villes où nous sommes implantés pour accueillir les bénéficiaires lors de nos bilans ou des ateliers de sensibilisation que nous organisons durant le programme. Nos enseignants sont tous des professionnels rémunérés et l’association compte huit salariés qui accompagnent nos adhérents et travaillent sur les innovations que nous souhaitons développer. Nous travaillons notamment sur les post-programmes avec l’idée de créer, au-delà des groupes WhatsApp, une application de mise en relation des bénéficiaires entre eux sur un territoire, l’objectif étant d’accroître notre communauté. Nous avons déjà accompagné 3 000 bénéficiaires et nous en espérons, cette année, 2 000 de plus.

Avez-vous réalisé des mesures d’impact de toutes ces actions ?

Nous avons mené plusieurs études sur l’efficacité de notre programme depuis la création de l’association. Selon la dernière en date, qui vient de paraître dans « Journal of affective disorders », les symptômes dépressifs sont réduits de plus de 40 % dès cinq semaines de suivi de notre programme, de plus de 50 % après dix semaines. Nous constatons, dix-huit mois après la fin du programme, que les personnes sont 50 % plus actives qu’avant et que les bienfaits psychiques se maintiennent également. Enfin, l’étude montre que la vitalité des personnes augmente fortement, tout comme l’estime de soi ou la reconstruction du lien social.

L’efficacité de ce programme, attestée par différentes études, nous a permis de bénéficier de financements publics comme l’ARS (Agence Régionale de Santé) Grand Est ou le Régime Local d’Assurance Maladie Alsace Moselle, mais aussi de soutiens privés. 

La Fondation Bettencourt Schueller vous accompagne depuis 2025. Quels sont vos projets dans ce cadre ?

Ce soutien est essentiel, d’abord par sa nature. À l’inverse des donateurs qui orientent leur financement sur un projet ou un territoire précis, la Fondation nous accorde une aide non fléchée, que nous pouvons donc librement utiliser pour nous développer et nous structurer. Grâce à cet accompagnement, nous accélérons notre déploiement dans de nouveaux territoires et nous avons recruté des chargés de projet innovation, notamment pour mettre en place un nouvel outil technologique, afin de mieux gérer le suivi de nos bénéficiaires. Par ailleurs, ce soutien nous permet aussi de financer une « mesure de coûts évités », assez révolutionnaire puisqu’elle évalue concrètement ce que notre programme fait économiser à la collectivité, en particulier pour des soins de santé ou des arrêts maladie. Autant de projets qui participent de manière tangible à la reconnaissance et à l’essaimage de notre mission.