Le 6 mai dernier, Sylvie Corréard, directrice générale de la Fondation et Yasmine Belkaïd, directrice générale de l’Institut Pasteur se retrouvaient pour une visite de laboratoire de trois lauréates du programme Impulscience®, intégrées à cet Institut. L’occasion, pour Yasmine Balkaïd, de rappeler la pérennité de la relation tissée avec la Fondation.

Pouvez-vous, tout d’abord, nous présenter votre Institut, créé voilà plus de 100 ans ? Comment ont été défini ses grandes missions à l’époque et comment ont-elles évolué ?

Fondé en 1887 par Louis Pasteur, l’Institut Pasteur est né d’une ambition profondément moderne : comprendre les maladies pour mieux les prévenir et les soigner. Dès l’origine, quatre missions structurent notre action : la recherche scientifique, la santé publique, l’innovation médicale, et la transmission des savoirs. Cette articulation entre science fondamentale, application médicale et diffusion des connaissances constitue encore aujourd’hui notre singularité.

Bien sûr, les défis sanitaires ont évolué. Aux grandes maladies infectieuses qui ont marqué le XXe siècle s’ajoutent désormais des risques croissants liées à au changement climatique, à l’antibiorésistance, au vieillissement, etc. Mais notre conviction reste la même : c’est la recherche fondamentale qui permet les grandes avancées médicales de demain.

L’Institut Pasteur est aujourd’hui un écosystème scientifique unique, réunissant sur un même campus de multiples disciplines. Cette interdisciplinarité est essentielle pour répondre à des enjeux de santé toujours plus complexes. Nous travaillons également au sein du Pasteur Network, qui rassemble 32 instituts à travers le monde, avec une attention particulière portée aux maladies émergentes et aux enjeux globaux de santé.

Dans un contexte où la science est parfois fragilisée ou contestée, nous avons aussi une responsabilité particulière : défendre une recherche libre, exigeante et ouverte sur la société.

Quel est aujourd’hui son positionnement dans le paysage de la recherche française, et internationale ? Dans quels domaines se distingue-t-il particulièrement ?

L’Institut Pasteur occupe une place singulière dans le paysage scientifique français et international. Nous sommes à la fois un grand centre de recherche fondamentale, un acteur majeur de santé publique et une fondation reconnue d’utilité publique, indépendante et à but non lucratif. Cette indépendance nous permet de soutenir des recherches exploratoires, parfois très en amont, qui sont souvent à l’origine des découvertes les plus transformatrices.

Historiquement reconnu pour son excellence dans les maladies infectieuses, l’Institut Pasteur est aujourd’hui à la pointe dans plusieurs domaines stratégiques : l’immunologie, la microbiologie, les neurosciences, la génomique, la biologie computationnelle ou encore l’étude des interactions entre climat et santé. Nous avons également fait de l’intelligence artificielle et de l’analyse des données biologiques des axes de développement majeurs.  

Notre force repose sur un continuum rare entre recherche fondamentale, innovation et application clinique. Nous accompagnons ainsi les découvertes scientifiques jusqu’au développement de vaccins, de thérapies ou de solutions diagnostiques. Cette dynamique se traduit aussi par une forte capacité d’innovation, avec la création de nombreuses start-up issues de nos laboratoires.  

Enfin, l’Institut Pasteur bénéficie d’une reconnaissance scientifique internationale forte, comme en témoignent les nombreuses distinctions reçues par nos chercheurs, notamment les ERC Grants, mais aussi l’attractivité croissante de notre campus auprès des talents du monde entier.

Pouvez-vous nous présenter vos succès les plus récents : prix, publications…Quelles spécificités précises permettent ce niveau d’excellence ?

L’année écoulée illustre bien la diversité et la vitalité de notre recherche. Nos équipes ont publié plus d’un millier d’articles scientifiques et obtenu plusieurs distinctions internationales majeures. Mais au-delà des chiffres, ce sont surtout les avancées scientifiques qui sont marquantes.

Nos chercheurs travaillent par exemple sur l’impact du microbiote dans les maladies inflammatoires, sur les mécanismes de résistance des champignons pathogènes, sur les liens entre infections virales et atteintes neurologiques, ou encore sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour mieux anticiper les épidémies. Nous développons également de nouveaux candidats vaccins contre des maladies comme la fièvre de Lassa ou la shigellose, ainsi que des approches innovantes de thérapie génique, notamment dans le domaine de la surdité infantile.

Nous avons également vu, lors de la crise récente autour des hantavirus, que l’Institut Pasteur avait une expertise extrêmement précieuse face aux crises sanitaires, qui nous a permis de partager des connaissances précieuses sur le virus dès son apparition, lorsqu’un risque est apparu, d’effectuer des tests en quelques heures et un séquençage en quelques jours.  

Cette excellence repose d’abord sur une conviction forte : les découvertes les plus importantes naissent souvent d’une recherche guidée par la curiosité scientifique. Nous accordons donc une place essentielle à la liberté de recherche et au temps long. Elle repose aussi sur notre modèle interdisciplinaire, associée à des infrastructures de pointe et à une forte ouverture internationale. Cela crée un environnement particulièrement favorable à l’innovation scientifique.

Trois lauréates du programme Impulscience® de la Fondation Bettencourt Schueller sont issues de votre Institut. Que pensez-vous de ce programme, et quelle reconnaissance apporte-t-il aux chercheurs ?

Le programme Impulscience répond à un enjeu absolument crucial pour la recherche aujourd’hui : soutenir les chercheurs à un moment charnière de leur carrière, lorsqu’ils dirigent déjà une équipe mais doivent encore consolider durablement leur projet scientifique. 

C’est un programme remarquable à plusieurs titres. D’abord parce qu’il s’adresse à des scientifiques dont l’excellence a déjà été reconnue au plus haut niveau international, notamment dans le cadre des évaluations ERC. Ensuite parce qu’il offre un soutien rare par son ampleur et sa durée : cinq années de financement qui permettent aux chercheurs de prendre des risques, d’explorer des pistes ambitieuses et de construire des équipes solides.

Cette confiance accordée dans le temps est essentielle. La recherche de rupture nécessite de la stabilité, de la liberté et de l’audace. Trop souvent, les scientifiques consacrent une énergie considérable à chercher des financements au détriment de leur recherche elle-même. Impulscience redonne précisément du temps scientifique.  

Nous sommes très fiers que trois chercheuses exceptionnelles de l’Institut Pasteur — Camille Berthelot, Simonetta Gribaldo et Elisa Gomez Perdiguero — aient été distinguées. Leurs travaux illustrent parfaitement l’excellence et la diversité des sciences du vivant aujourd’hui, depuis la biologie évolutive jusqu’à l’immunologie du développement. Cette reconnaissance est importante non seulement pour les chercheuses elles-mêmes, mais aussi pour l’attractivité et le rayonnement de la recherche française.  

Par ailleurs, la Fondation et l’Institut Pasteur ont établi des liens pérennes. Que vous apporte cette relation et quel regard portez-vous sur l’engagement de la Fondation dans l’univers des sciences du vivant ?

La relation entre la Fondation Bettencourt Schueller et l’Institut Pasteur s’inscrit dans le temps long et repose sur une vision profondément partagée : celle d’une science ambitieuse, exigeante et tournée vers l’impact pour la société.

L’Institut de l’Audition en est une illustration exemplaire. Ce projet, né grâce à l’engagement de la Fondation aux côtés de l’Institut Pasteur et à des travaux pionniers menés notamment par Christine Petit et Saaid Safieddine, a permis de créer un lieu unique où chercheurs, cliniciens et patients travaillent ensemble pour faire avancer les connaissances et les traitements des troubles de l’audition.

Plus largement, la Fondation joue un rôle absolument essentiel dans l’écosystème scientifique français. Son engagement se distingue par une compréhension très fine des besoins de la recherche : soutenir le temps long, encourager la prise de risque, accompagner les talents et créer les conditions de l’innovation.  

Dans un contexte international où les tensions sur le financement scientifique sont fortes, cet engagement philanthropique est indispensable. Il permet de préserver des espaces de liberté scientifique indispensables aux grandes découvertes.  

Les lauréats racontent le rôle-clé d'Impulscience® dans la poursuite de leur recherche

Une totale liberté dans le choix des sujets, un soutien précieux pour recruter de nouveaux talents ou acquérir le matériel le plus innovant … Après une rapide présentation de leur sujet de recherche, les trois lauréats...