École de l’Inserm Liliane Bettencourt – EdILB Un cursus unique, pour penser la médecine de demain
Créée en 2003 et soutenue par la Fondation depuis 2007, cette institution pionnière propose aux meilleurs étudiants en médecine ou en pharmacie une formation à la recherche dès la fin de leur deuxième année. L’objectif ? Développer une communauté de médecins-chercheurs capables de mêler clinique et sciences pour une meilleure prise en charge des patients et l’amélioration de la santé de tous. Ce modèle, sans équivalent en France, vient de bénéficier du renouvellement du soutien de la Fondation jusqu’en 2034.
Pas de progrès médical sans recherche. Le lien semble évident, et pourtant… Dès les années 60, les États-Unis se sont dotés d’une double formation de médecin-chercheur sanctionnée par un double diplôme MD-PhD, mais en France, il faudra attendre les années 2000 pour que ce type de cursus voie le jour. « Impressionné par l’efficacité du modèle américain, le directeur général de l'Inserm de l'époque, Christian Brechot a missionné en 2003 deux chercheurs, Jean-Claude Chautard et Philippe Ascher, pour créer ce type de programme en France, explique Boris Barbour, codirecteur de l’École de l’Inserm. Sa mission ? Former des médecins à devenir de vrais professionnels de la recherche, capables d’apporter leur expérience au sein des grands instituts scientifiques, dans les universités et les hôpitaux. L’objectif final étant que ces médecins-chercheurs participent au développement de la recherche biomédicale française au plus haut niveau ». Très impliquée dans le domaine des sciences de la vie, la Fondation s’est engagée dès 2007 dans l’aventure. L’école devient alors l’École de l’Inserm Liliane Bettencourt (EdILB) et met en place un important dispositif d’accompagnement pour les étudiants qui s’engagent dans cette filière.
Un double cursus accompagné d’un soutien financier
Depuis cette date, l’EdILB propose aux meilleurs étudiants, sélectionnés au début de leur parcours, de mener une formation précoce à la recherche en parallèle de leurs études de médecine ou de pharmacie. Ils commencent alors une formation à la recherche en vue d’obtenir un master, puis une thèse de sciences. Ils reprennent ensuite leur cursus de médecine jusqu’à l’internat et l’obtention de leur diplôme. Durant cette période, ils sont soutenus par la Fondation, bénéficiant notamment d’un contrat de jonction qui leur permet de reprendre leurs études de médecine avec un salaire équivalent à celui du doctorat de sciences qu’ils ont effectué lors de leurs années de césure, entre la formation générale en sciences et l’externat. Par ailleurs, ils peuvent recevoir un soutien pour participer aux écoles d’été, à des stages en laboratoire en France ou à l’étranger, ou encore bénéficier d’une bourse sur critères sociaux s’ils connaissent des difficultés financières. Parallèlement à ces accompagnements dans le domaine de la formation, la Fondation et l’Inserm ont décidé, en 2017, de créer le contrat CCA Inserm-Bettencourt qui permet à des chefs de clinique assistants d’être libérés de 50 % de leur activité hospitalière afin de consacrer la moitié de leur temps à la recherche.
Un renouvellement du soutien à l’EdILB jusqu’en 2034
Depuis 2003, l’EdILB a mis en place des mesures d’impact à la fois quantitatives et qualitatives, la dernière datant de 2024. Premier constat, l’école connaît un grand succès auprès des étudiants, qui sont de plus en plus nombreux à postuler. Par ailleurs, elle a réussi à créer un véritable maillage national, explique Boris Barbour. « Le programme français est pensé sur le modèle américain, mais il présente une particularité unique au monde. Il s’agit d’un cursus national qui infuse tout le territoire. Certes, les grandes facultés de médecine – Paris, Lyon, Marseille – sont très représentées, mais nos étudiants suivent aussi ce cursus dans les universités de Tours, Reims, Rouen, Strasbourg... » Autre atout, étudiants et diplômés ressentent une forte appartenance à l’école, dont le label est désormais prestigieux. Depuis 2003, l’école a formé près de 450 futurs leaders de la recherche biomédicale, capables à la fois de soigner et de chercher. Consciente de cet apport inestimable, la Fondation a choisi de signer une troisième convention avec l’école pour un engagement jusqu’en 2034, ce qui portera le montant de son accompagnement en faveur de cette initiative à 46,7 millions sur près de 30 ans. S’appuyant sur l’ensemble des constats remontés par les différentes études, cette prolongation de l’accompagnement est assortie de nouveaux défis…
De nouveaux dispositifs sur le temps long pour alterner médecine et recherche
Parmi les principales évolutions, les promotions entrantes seront, dès 2026, élargies à 40 étudiants au lieu de 20, ce qui permettra d’augmenter la notoriété de l’école et l’impact de ces formations. Le concours, pensé jusqu’ici en deux étapes, sera également simplifié, remplacé par une sélection unique, ce qui permettra de constituer des promotions plus soudées. Par ailleurs, l’idée forte est de faire de l’école une filière recherche-santé tout au long de la carrière. « Nous nous sommes d’abord concentrés sur la formation avec de vrais résultats, précise Boris Barbour. Désormais, il faut faire en sorte que la synergie entre recherche et médecine perdure sur le temps long. Ces deux activités exigent une implication à 150 %. Dans la pratique, il est quasi obligé que chacun fasse un choix avec une dominance médecine ou recherche. Mais il est nécessaire d’encourager le passage régulier d'un univers à l'autre ; de faire en sorte que si on est médecin, on garde en tête la recherche, et l’inverse ». Ceci passera notamment par des adaptations à une double carrière. En lien avec l’Inserm, la Fondation envisage de proposer des opportunités supplémentaires aux diplômés : l’accompagnement pour un postdoctorat à l’étranger et la mise en place de soutiens sur le modèle des aides CCA allouées, qui permettent aux doubles diplômés de poursuivre leur double activité durant le clinicat. Par ailleurs, l’école compte développer un réseau d'alumni pour un échange de bonnes pratiques, sans oublier la création d’un site afin d’accroître la visibilité de l’école et mettre en valeur ses étudiants et doubles diplômés. Enfin, la Fondation accompagnera également l’EdILB vers un modèle économique plus stable et plus diversifié, avec une autonomie financière accrue via de nouveaux partenariats. L’objectif majeur ? Assurer la pérennité d’une école qui a participé à transformer le visage même de la médecine en France, en faisant trois bénéficiaires : le futur médecin tout d’abord, le patient bien sûr, mais aussi la société tout entière.
Ils témoignent...
« J’ai effectué le cursus complet de l’EdILB avec une formation de médecin spécialisé en neuro-radiologie et une thèse de sciences à l’Université de Caen. Aujourd'hui, je fais seulement de la recherche, mais ce n’est pas forcément définitif ; et ma formation médicale alimente mon activité de recherche autant que l'inverse. Je suis capable d'identifier des problèmes cliniques pertinents qui permettront de trouver des solutions via des projets de recherche inspirés par la clinique. C’est aussi vrai dans l’autre sens. Lorsque j’ai une idée d'application, la connaissance de la pratique médicale m’aide à trouver une voie pour revenir vers les patients. Le plus de cette formation tient vraiment à cet aspect bidirectionnel : l’identification des problèmes médicaux qu'on emporte au laboratoire pour trouver des solutions. Et une fois la solution trouvée, la capacité de la ramener vers l'hôpital ».
Maxime Gauberti, neuroradiologue, lauréat Impulscience® 2024. Directeur adjoint de l’unité Physiopathologie et imagerie des troubles neurologiques (PhIND) et de l’équipe « TPA de troubles neurovasculaires » au GIP Cyceron, Caen
« Grâce à l’EdILB, j’ai suivi une formation de médecin spécialisé en neurologie et passé une thèse en sciences à l’Université de Bordeaux. Désormais Professeur des universités et praticien hospitalier au CHU, je ne peux imaginer mon engagement médical sans la recherche. Cette double compétence offre une vision globale, holistique, du malade. L’observation des patients constitue un point de départ essentiel pour penser la recherche. À l’inverse, la pratique des sciences incite le médecin à se tourner vers des solutions thérapeutiques innovantes et audacieuses. Ce statut n’est pas assez soutenu en France, et pourtant, les pères de la médecine contemporaine sont tous des chercheurs… ».
Vincent Planche, neurologue, Professeur des universités et praticien hospitalier à l’Université de Bordeaux et au CHU de Bordeaux
« Grâce à ma formation de chercheur, je me questionne en permanence sur la meilleure prise en charge pour les patients. Ne pas avoir de certitudes, connaître les limites de nos connaissances m’aide à être un meilleur médecin. Je suis d’autant plus attentif à la situation du patient, à ses propos ainsi qu’à ceux de son entourage que je sais la part d’inconnu derrière un diagnostic ou une prescription ».
Boris Chaumette, psychiatre, Maître des Conférences et praticien hospitalier à l’Université Paris Cité et au GHU Paris