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Avec l’Ecole polytechnique, pour la médecine de demain

Avec le soutien de la Fondation Bettencourt Schueller, l’École polytechnique a créé un programme d’innovation biomédicale, porté par Abdul Barakat. Entretien avec ce professeur de mécanique et de biologie à l’Ecole polytechnique, passionné et engagé.

Abdul Barakat, vous êtes directeur de recherche dans le laboratoire d’hydrodynamique du CNRS et vous êtes titulaire de la Chaire AXA-École polytechnique en « Ingénierie cellulaire cardiovasculaire ». En quoi consistent vos recherches ?  

Je m’intéresse aux maladies cardio-vasculaires. Première cause de mortalité dans le monde ! Les facteurs de risque sont connus : nos gènes, notre mode de vie sont souvent incriminés dans la survenue de ces maladies. Ce que nous essayons de comprendre, c’est comment des contraintes mécaniques telles que l’écoulement artériel, la pression, les cisaillements, les étirements régulent la fonction endothéliale des cellules et quel rôle elles jouent dans le développement des maladies cardio-vasculaires. Cette approche interdisciplinaire mêlant biologie et ingénierie est capitale. En utilisant des outils d’ingénierie moderne dans le domaine de la biologie cellulaire, notamment aux échelles micrométrique et nanométrique, on comprend mieux le développement de l’athérosclérose, phénomène d’épaississement de la paroi artérielle. Nous pouvons alors mettre au point des dispositifs et des traitements efficaces.

Cette approche que vous évoquez, qui croise les sciences de l’ingénieur et la médecine, est-elle nouvelle en France ?

La bio-ingénierie est un secteur d’activité jeune, en pleine essor, partout dans le monde. Il est né d’une prise de conscience mais aussi d’une nécessité : les physiciens, les mathématiciens, les ingénieurs peuvent contribuer de manière pertinente et originale à la compréhension de la biologie et de la médecine, toujours dans le but de fabriquer des solutions innovantes.  La médecine est en train de vivre une révolution inédite. La convergence des technologies en bouleverse la pratique. Intelligence artificielle, machine learning, nanosciences, électronique flexible, bio-impression en 3D… on peut imprimer des cellules, on peut imprimer des tissus, on peut doter ces tissus de capteurs intelligents, qui nous renseignent en live sur leur état. De nombreux implants, comme les valves cardiaques ou les hanches artificielles, vont être bientôt munies de ces capteurs. Dans une société connectée, intelligente et personnalisée, il est fondamental de former nos jeunes pour qu’ils soient prêts à participer à cette révolution. Formés à certaines technologies et à ce dont sera faite la médecine de demain.

 

Avec la Fondation Bettencourt Schueller, préparez-vous cette révolution ?

Oui, nous sommes convaincus que chercheurs et médecins doivent travailler main dans la main. A l’Ecole polytechnique, nous sommes en train de développer un institut de recherche en bio-ingénierie : 40 équipes de recherche travaillent dans de nombreuses disciplines, que ce soit dans le domaine de la biomécanique, de l’imagerie, des matériaux, des capteurs…  La bio-ingénierie passionne de jeunes gens brillants qui veulent changer le monde en marquant leur différence dans le domaine de la santé. En parallèle, nous avons donc créé un programme de formation en bio-ingénierie, en lien étroit avec la recherche. Lors de ces programmes de formation, les étudiants font des stages en hôpital pour comprendre ce qu’est un médecin, ce qu’est un patient, comment un médecin interagit avec son patient, quels outils un ingénieur ou un physicien peut créer pour rendre cette relation plus harmonieuse encore, et plus efficace. Le programme que l’on mène avec la Fondation Bettencourt Schueller est construit autour de ce triangle-là : chercheur, médecin, et patient, qui est la finalité de notre engagement commun. Un engagement concret.

Comment ce programme fonctionne-t-il ?

Nous développons des collaborations entre les médecins et les chercheurs de l’Ecole polytechnique dans le domaine des dispositifs de santé connectés et de la médecine personnalisée. Le programme fonctionne par appel à projets. Il délivre 11 bourses à des binômes chercheurs-médecins. Ces bourses permettent à ces binômes d’embaucher du personnel et d’investir dans du matériel. Pendant deux ans, ils ont champ libre pour explorer le potentiel d’un projet d’application biomédicale. Au terme de ces deux ans, soit ils parviennent à une application concrète pour les patients, soit ils débouchent sur les prémices d’un projet plus vaste, qui peut mener à des brevets ou à la création de startups.

Que vous apporte la Fondation Bettencourt Schueller ?

Quand nous sommes allés voir la voir, avec le directeur de la recherche de l’enseignement de l’Ecole Polytechnique, qui croit beaucoup au projet, la Fondation Bettencourt Schueller nous a ouvert sa porte mais aussi les bras. Ce programme résonne avec les actions qu’elle mène en faveur du rapprochement entre la recherche et la médecine. Elle nous donne les moyens de financer nos projets au démarrage. Au-delà de moyens financiers, la Fondation nous donne de l’allant. Elle partage avec nous cette foi dans la collaboration entre les chercheurs et les médecins. Pour l’heure, ce que nous sommes en train d’accomplir est unique en France : nous aimerions être un modèle pour d’autres établissements et d’autres structures, les entraîner dans notre sillage. La médecine de demain en dépend. Une médecine toujours plus soucieuse de son patient et connecté à sa vie.