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2021, le nouvel âge d’or des vaccins ?

Ils étaient devenus une simple routine, se rappelant à notre souvenir pour nos enfants ou un voyage lointain. Et puis, la pandémie a tout bouleversé.  Le mot vaccin est désormais sur toutes les lèvres, suscitant une immense vague d’espoir mais aussi de multiples craintes et interrogations. Dans ce contexte inédit, nous avons demandé au Professeur d’immunologie pédiatrique Alain Fischer -Président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale mais également membre du conseil d’administration de la Fondation Bettencourt Schueller - de répondre aux questions profanes que nous sommes nombreux à nous poser.


Pr. Alain Fischer 

En 1885, Pasteur inventait le premier vaccin contre la rage et cette découverte créait un afflux mondial de candidats à la vaccination. En 2021, le monde se retrouve dans cette même quête. Le vaccin est-il un sauveur universel ?

Oui, le vaccin est un sauveur universel, depuis plus de 200 ans. On doit sa découverte à l’anglais Edward Jenner, avant Pasteur. A la fin du 18ème siècle, ce médecin de campagne observe que les fermières en contact avec des vaches atteintes de vaccine (maladie bénigne des bovins) ne développent pas la variole. Il l’inocule alors la vaccine à des cobayes en tentant ensuite de les infecter avec la variole : aucun ne contracte la maladie. Cette opération a connu un impact retentissant à l’époque ; décuplé par les découvertes de Pasteur qui développera en 1885 le premier vaccin à virus atténué, en définissant son principe : « inoculer des virus affaiblis pour donner une maladie bénigne, préservant de la maladie mortelle ». Rappelons-le, la vaccination a constitué une révolution dans l’histoire de la médecine et de l’humanité. Elle a permis d’éradiquer des pathologies redoutables comme la variole, et de sauver des millions de gens. Depuis, la découverte régulière de nouveaux vaccins permet de protéger l’homme contre davantage de maladies. Selon l’OMS, ils sauveraient 2,5 millions de vie sur terre chaque année.

 

On ne le relève pas assez mais l’arrivée sur le marché de vaccins une année après le début de cette pandémie constitue une absolue prouesse…

C’est un exploit à la fois scientifique, industriel et politique. Scientifique tout d’abord puisqu’une première équipe chinoise a réussi à identifier le virus et à décrypter le génome en quelques jours, avant de rendre ses recherches publiques. Du jamais vu ! Un mois a suffi entre l’observation du premier malade et le séquençage du génome. Pour le VIH, il a fallu près de quatre années, et des dizaines pour d’autres maladies. Le travail sur le vaccin lui-même a été très rapide car les recherches autour de l’ARN messager existent depuis 20 ans. La compréhension était là, les technologies aussi. Le développement industriel s’est révélé tout aussi efficace, faisant chevaucher pour la première fois des phases qui -d’habitude- se succèdent : la conception, les tests sur des animaux, les aspects cliniques pour évaluer les doses, la tolérance, l’efficacité. La phase 1 a débuté dès mars 2020, la phase 3 fin juillet. Pour cela, les Etats ont apporté un soutien unique dans l’histoire ; l’Europe et surtout les Etats-Unis qui ont mis sur la table quelque 18 milliards de dollars pour le développement. Enfin, l’étape de production à grande échelle est remarquable. Imaginez que nous en sommes à 700 millions de personnes vaccinées dans le monde !

 

Plusieurs vaccins sont arrivés concomitamment sur le marché, ce qui témoigne de la vitalité de la recherche mais crée une certaine confusion dans le public. Est-ce inédit ?

Différents vaccins existent pour d’autres pathologies, comme la grippe. En revanche, le fait qu’ils aient été mis au point au même moment est inédit. Cette situation présente un immense avantage. Elle permet une diversité d’approches et de stratégies (selon l’âge, les variants) qui augmente nos chances de succès. Cela peut créer une confusion mais, en termes de santé publique, il vaut mieux faire avec ces difficultés que disposer d’un vaccin unique. Par ailleurs, tout cela est destiné à évoluer. Certains vaccins vont s’imposer, d’autres disparaitre. D’autres encore sont au stade d’expérimentation et apporteront sans doute de nouveaux bénéfices.

 

Le public s’inquiète des éventuels effets secondaires de ces vaccins, ce qui entretient une certaine défiance. Est-ce particulier à ceux-ci ou la norme ?

Ces vaccins n’ont rien de spécifique. Ils présentent des effets secondaires, comme tous les produits de santé. Après, tout se joue sur l’analyse du rapport bénéfices/risques. Par ailleurs, il y a la réalité et la perception de cette réalité. La crainte des effets secondaires est largement amplifiée par les médias. Elle est aussi instrumentalisée par certains ; notamment les anti-vaccins qui constituent des courants minoritaires mais très actifs. Des gens qui refusent l’idée même de vaccination pour des raisons dites religieuses, politiques ou philosophiques. Ou par simple mauvaise foi !

 

La découverte d’un vaccin à ARN messager est-elle porteuse d’espoir, en dehors du Covid ? Cette approche peut-elle être appliquée à d’autres domaines thérapeutiques ?

Ces vaccins sont très porteurs d’espoir. Face au Covid, ce sont les plus efficaces (y compris sur les variants) et ils offrent une importante durée de protection.  Mais encore une fois, les vaccins à ARN messager ne sont pas une découverte pour le monde des sciences. Ils constituent une part importante de la recherche depuis plus de 20 ans, notamment dans le domaine du cancer où tout a commencé. Ils représentent indéniablement l’avenir de la vaccination mais d’autres voies restent ouvertes, et aucune ne doit être exclue.

 

Cette pandémie a remis sur le devant de la scène le rôle essentiel joué par la recherche et la médecine. Est-ce le retour à une certaine confiance dans la science ?

Grâce à cette pandémie, la population a redécouvert les bénéfices des vaccins et il est essentiel qu’elle retrouve le chemin de la confiance. Il existe, par exemple, un vaccin très efficace contre le cancer de l’utérus. Or, celui-ci est seulement choisi par 40 % des femmes qui pourraient en bénéficier, alors que la maladie entraîne 3 000 décès par an. Par ailleurs, cette prise de conscience doit rappeler au politique la nécessité d’investir dans la recherche fondamentale, à qui on doit notamment la découverte de l’ARN. Comme celle de l’ADN en son temps, celle-ci constitue une rupture scientifique qui ouvre la voie à des avancées majeures, en termes de génie génétique notamment. Le doute circule encore mais je pense que, dans six mois ou un an, nous pourrons prendre la vraie mesure de l’exploit accompli. Saluer la façon dont la recherche et l’industrie ont servi nos sociétés. Ce message est important pour la population tout entière ; c’est un message universel.

 

La Fondation n’a pas attendu ce contexte pour s’engager aux côtés des médecins et chercheurs. Quel rôle joue ce mécénat dans le développement de la recherche ?

Rappelons-le, l’investissement public constitue une mission sacrée de l’Etat. A ses côtés, des fondations peuvent également faire progresser la recherche grâce à leur générosité, leur souplesse, leur sens de l’adaptation. La Fondation Bettencourt Schueller joue, dans ce domaine, un rôle important. Ses actions sont nombreuses, je pense notamment au soutien précieux qu’elle apporte à l’Ecole de l’Inserm Liliane Bettencourt qui participe à développer le statut de médecin-chercheur et permet à des étudiants en médecine et des médecins de suivre un cursus de recherche.

 

Si Pasteur revenait parmi nous, quel regard porterait-il sur notre monde ? Saluerait-il les avancées de la recherche ? Les réactions de doute que ces vaccins suscitent lui sembleraient-elles familières ?

Lui-même a été confronté à la défiance et il a engagé de nombreux combats pour faire reconnaitre ses recherches. Il a dû composer avec le monde politique pour financer la création de l’Institut Pasteur. Cet institut montre à quel point il avait conscience de l’importance de la recherche fondamentale et la nécessité de sa liberté d’action. Largement financé par l’Etat, l’Institut Pasteur est, néanmoins, une fondation de droit privé parfaitement autonome. Enfin, je pense que Pasteur serait très enthousiaste devant la puissance de ces nouvelles recherches. Et nul doute qu’il souhaiterait y prendre part…