Créée en 2006 à l'initiative du Collège de France, avec le soutien de la Fondation Bettencourt Schueller, la Chaire annuelle Innovation technologique Liliane Bettencourt est née d'une conviction forte et novatrice : les découvertes scientifiques les plus transformatrices trouvent souvent leur origine dans la recherche fondamentale. 

À une période où ces interactions étaient encore peu mises en avant, cette chaire a contribué à faire émerger une nouvelle manière d'aborder l'innovation en donnant, chaque année sur une thématique différente, la parole à un scientifique de renommée internationale dont les travaux illustrent le passage de la recherche fondamentale aux applications technologiques. Ouverts à tous, les enseignements de la chaire rendent accessibles des sujets scientifiques complexes en nourrissant le dialogue entre la recherche, les citoyens et les acteurs économiques. 

Elle offre un panorama exceptionnel des grandes transformations scientifiques contemporaines : physique, sciences du vivant, informatique, matériaux, énergie, intelligence artificielle ou encore technologies quantiques.

«  Notre volonté de soutenir la liberté de penser et d’innover demeure plus que jamais actuelle. À l’heure où les défis scientifiques, industriels, environnementaux et sanitaires se croisent avec une intensité nouvelle, nous devons donner aux chercheurs d’excellence les moyens de prendre des risques. »

La chaire Innovation technologique Liliane Bettencourt fête ses 20 ans

Le 8 octobre, pour célébrer son vingtième anniversaire, la chaire a réuni anciens titulaires, chercheurs, entrepreneurs, dirigeants de start-up et représentants de grandes entreprises à l'occasion d'un colloque exceptionnel intitulé « Pourquoi et comment innover aujourd'hui ? ». Les échanges ont permis d'interroger les conditions nécessaires à l'émergence et au déploiement des innovations qui répondent aux grands défis scientifiques, technologiques et sociétaux de demain. 

Grand colloque autour de la thématique « Pourquoi et comment innover aujourd’hui ? » à l'occasion des 20 ans de la chaire © Patrick Imbert / Collège de France
Pascale Senellart, titulaire de la chaire pour l'année 2025-2026, le jour du colloque. © Patrick Imbert / Collège de France

Trois questions à Pascale Senellart, directrice de recherche au CNRS, au Centre de nanosciences et de nanotechnologies de l'Université Paris-Saclay et titulaire de la Chaire 2025-2026

Comment votre parcours vous a-t-il menée jusqu'à cette Chaire Innovation technologique ?

J’ai débuté ma carrière dans une approche de recherche indiscutablement fondamentale, sans penser un seul instant aux possibles applications de ces recherches. Nous cherchions à savoir s’il était possible de générer des « photons » (les grains de lumière), un par un, avec des nano-objets constitués de matériaux semiconducteurs, c’est-à-dire les matériaux de la microélectronique d’aujourd’hui. Nous voulions comprendre le comportement de ces nanostructures, les propriétés des photons émis et savoir si nous pouvions influencer, contrôler ce processus de génération de photons. Petit à petit, nous avons fabriqué des composants qui émettaient les photons de manière très efficace, et nous avons été contactés par une autre communauté scientifique : celle qui avait besoin de photons pour exploiter les lois de la mécanique quantique et développer de nouvelles applications comme les communications ou le calcul quantique. C’est ainsi qu’en 2017 nous avons créé Quandela pour mettre ces nouveaux composants à la disposition d’autres scientifiques et permettre de nouvelles recherches. Puis, avec l’accélération du développement des technologies quantiques de nouvelle génération, nous nous sommes lancés dans la fabrication d’ordinateurs quantiques à base de lumière.

Qu'avez-vous trouvé particulièrement appréciable et stimulant au cours de cette année d’enseignement ?

Enseigner au Collège de France sur la Chaire d’innovation technologique était une formidable opportunité. J’y ai fait le choix de donner un aperçu large des technologies quantiques en cours de développement pour permettre aux auditeurs de mieux comprendre les avancées dans ce domaine. J’ai également choisi de limiter autant que possible le recours aux équations pour comprendre ces développements technologiques. La physique quantique peut en effet être enseignée de manière très formelle, très abstraite. J’étais déjà, depuis plusieurs années, dans une démarche d’enseignement des sciences et technologies quantiques avec un formalisme allégé, qui permet de laisser davantage de place à l’intuition scientifique.

Enseigner ces nouvelles technologies au Collège de France était une occasion unique de pousser plus loin cet exercice. J’ai été ravie d’enseigner devant un amphithéâtre bien rempli au fil des semaines. C’était très gratifiant.  

Sur le site du Collège de France, vous évoquiez il y a quelques mois une forme d'accélération dans la course technologique internationale. Comment percevez-vous aujourd'hui la situation ?

La course internationale aux technologies quantiques s’est encore accélérée depuis un an, avec la multiplication des annonces de financements très élevés aux États-Unis, les premières acquisitions de startups européennes par des sociétés américaines aux moyens financiers importants, l’entrée en Bourse de start-ups du quantique et bien sûr les premières fermetures de start-up ici et là. L’essor de l’intelligence artificielle dans tous les domaines de notre société ne fait que renforcer cette notion de « technologie souveraine », que les États ne peuvent se permettre de ne pas maîtriser. Le programme français PROQSIMA dédié au développement des ordinateurs quantiques suit cette accélération, avec un soutien plus fort des startups françaises accompagné d’objectifs beaucoup plus élevés. Il faut donc accélérer nos développements pour donner une chance à l’Europe de maîtriser cette nouvelle technologie souveraine. On ne s’ennuie pas !