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Créer une formation précoce à la recherche pour les médecins et pharmaciens

Alpiniste aguerri, le Pr Jean-Claude Chottard, fondateur et co-directeur pédagogique et scientifique de l’Ecole de l’Inserm Liliane Bettencourt jusqu’au 31 août dernier avec Philippe Ascher, ne craint pas d’affronter des sommets. Enthousiaste, déterminé et passionné par l’enseignement et la recherche, il s’est employé durant toute sa carrière à créer et à animer une filière de formation scientifique pour de futurs médecins.

Rencontre avec un homme engagé

Comment est née cette idée de créer un double cursus médecine/pharmacie – sciences ?

Pr Jean-Claude Chottard : La filière MD/PhD américaine existe depuis 1964. L’Ecole de l’Inserm est née en 2003 sous l’impulsion du Pr Christian Bréchot alors directeur de l’Inserm. Il est parti d’un constat simple. Les médecins ou pharmaciens français sont peu formés à la recherche au début de leurs études. Or pour favoriser les échanges entre chercheurs et médecins, il est essentiel que ces derniers aient une approche scientifique des problèmes. On constate dans l’histoire des grandes innovations que les découvertes majeures sont très souvent nées de l’interaction entre deux disciplines. En médecine, les étudiants ayant bénéficié d’une formation scientifique raisonnent différemment des autres. Ils pourront s’appuyer sur leurs hypothèses pour explorer de nouvelles voies. Encourager les doubles formations et l’appétence des médecins pour la recherche vise ainsi à favoriser une meilleure compréhension des maladies et le développement d’approches thérapeutiques nouvelles. En 2007, la Fondation Bettencourt Schueller, très impliquée dans le soutien aux sciences de la vie, a décidé de s’engager aux côtés de l’Inserm en donnant aux étudiants les aides matérielles appropriées à leurs études (gratifications de stages, activités scientifiques ou de recherche…). L’Ecole est alors devenue l’Ecole de l’Inserm Liliane Bettencourt.

Comment les étudiants sont-ils sélectionnés ?

Pr Jean-Claude Chottard : Les meilleurs étudiants de première année de médecine ou de pharmacie qui le souhaitent sont présentés par le doyen de leur faculté, partout en France, pour participer à « l’Ecole de février », deux semaines d’immersion et de formation. La sélection est effectuée par l’équipe pédagogique sur dossiers selon plusieurs critères. L’excellence en sciences bien sûr, la compréhension de l’anglais mais aussi la capacité à mener plusieurs engagements de front. On constate que les étudiants ayant pratiqué une activité sportive ou musicale durant plusieurs années ont l’endurance et la détermination nécessaires pour suivre cette double formation d’une haute exigence. Ces deux semaines de l’Ecole de février sont des cours de motivation. On y montre qu’il est possible d’utiliser les mathématiques, la physique ou la chimie pour aborder des problèmes biologiques ou médicaux. A l’issue de ces deux semaines, les étudiants doivent réaliser un travail personnel intense, puis se présenter au concours d’admission. Sur les 185 candidatures reçues en 2015, 63 ont été sélectionnées pour l’Ecole de février, 5 ont abandonné, 27 ont été admises à l’issue du concours pour suivre la double formation.

 

 

Comment s’organise la formation ?

Pr Jean-Claude Chottard : En 3ème année de médecine ou de pharmacie, les étudiants doivent réaliser six mois de stage dans deux laboratoires, puis préparer un master 2 lors d’une année de césure avant la 4ème année de leurs études. Deux voies leur sont ensuite accessibles. Ils peuvent choisir de réaliser leur thèse de sciences puis reprendre l’externat, ou commencer par l’externat et bénéficier d’une interruption durant leur internat pour travailler sur leur thèse de sciences. Avec quelques années de recul, nous constatons et c’est assez naturel, que les étudiants engagés dans la voie de la thèse précoce réalisent des thèses typiquement scientifiques. Les autres s’orientent davantage vers des thèses cliniques. Tous obtiennent un double doctorat en médecine et en sciences. Les études sont très longues et exigeantes. Pour accompagner ces étudiants, l’Ecole s’appuie sur une équipe pédagogique impliquée. Durant les treize années du cursus, les étudiants bénéficient ainsi d’un suivi personnalisé, adapté à leur choix d’études, qui doit beaucoup à l’efficacité de l’équipe de coordination de l’Inserm.

Quels sont les perspectives et les développements futurs ?

Pr Jean-Claude Chottard : Après dix années de fonctionnement de l’Ecole, un bilan a été réalisé. Devant la qualité des résultats obtenus, le conseil scientifique de l’Inserm et la Fondation Bettencourt Schueller ont décidé de conclure une nouvelle convention. Dans ce cadre, la Fondation a renouvelé son engagement pour les dix prochaines promotions d’étudiants. C’est un signe de reconnaissance et de confiance exceptionnel. Elle va donc continuer de financer jusqu’en 2034 les gratifications de stages, les activités scientifiques ou de recherche des étudiants et des contrats de jonction pour favoriser le travail post doctoral La Fondation Bettencourt Schueller financera par ailleurs des contrats de chefs de clinique à temps de recherche protégé, afin de permettre aux médecins chercheurs de conserver une activité de recherche scientifique dans le cadre hospitalo-universitaire. Enfin, pour favoriser le développement de la formation précoce à la recherche, nous avons créé un réseau. L’un de ses objectifs est la mise en ligne d’enseignements préparatoires pour les élèves de 2ème année de l’Ecole de l’Inserm Liliane Bettencourt et des autres filières médecine/sciences. Pour ma part, je compte me consacrer pleinement à la mise en ligne des enseignements de chimie. Avec mon collègue Philippe Ascher, nous quittons aujourd’hui nos fonctions de direction de l’Ecole de l’Inserm Liliane Bettencourt. Nous sommes très heureux d’en confier les clefs aux Pr Eric Clauser et Boris Barbour, qui continueront de guider les étudiants dans les voies d’excellence.