Graveur et imprimeur en taille-douce, Sébastien Desplat remporte la récompense Talents d'exception du Prix Liliane Bettencourt pour l'Intelligence de la Main® 2026. Il nous parle de son œuvre, Dans les bois, et des projets qu'il souhaite poursuivre grâce à l'accompagnement de la Fondation.

Comment est née cette œuvre et quel message souhaitez-vous porter ?

SD Lors de mon séjour à la Villa Kujoyama, j’ai eu la chance de rencontrer le maître graveur Kitamura et Teruko Hayamitsu, de la maison d’édition Unsodo, qui m’ont ouvert leurs archives. J’y ai découvert un ouvrage publié en 1905, dont il n’existe plus qu’un exemplaire connu, destiné au public occidental pour faciliter la compréhension des techniques du moku hanga. Cet ouvrage artistique et pédagogique a été un déclic. Il m’a convaincu de promouvoir et de transmettre ce savoir-faire, en imaginant une traduction contemporaine. Pendant douze ans, j’ai collaboré avec un centre d’art autour des images imprimées, et je sais que la meilleure façon de valoriser cet artisanat consiste à adopter une approche pédagogique. Cet ouvrage m’a permis de le faire à nouveau. Je rencontre souvent des étudiants en école d’art, qui deviendront peut-être éditeurs. J’ai ainsi envie de créer des engouements et d’ouvrir de nouvelles voies.

Que représente cette récompense pour vous ?

SD Elle survient au moment parfait. Je consacre tout mon temps à la défense d’une vision de l’édition et de l’image à partir de techniques traditionnelles, et j’avais besoin d’une reconnaissance institutionnelle. Considéré comme un label d’excellence, ce Prix m’offre une réassurance, le sentiment renouvelé d’être sur la bonne voie. Par ailleurs, j’ai travaillé dans un atelier jusqu’en 2021, avant de rejoindre la Villa Kujoyama. J’ai ensuite décidé de parfaire ma formation en Chine, au Japon et en Espagne. Et cette récompense arrive alors que je souhaite me réinstaller à Paris.

Moku hanga, technique traditionnelle japonaise de gravure sur bois. © Yohanne Lamoulère / Tendance Floue
« Dans les bois », l'œuvre de Sébastien Desplat. © Yohanne Lamoulère / Tendance Floue

Quel projet allez-vous développer grâce à l’accompagnement de la Fondation ?

SD Il va me permettre d’ouvrir ce nouvel atelier d’estampes écologiques, de concevoir des outils ergonomiques avec un ébéniste et de poursuivre mes recherches sur les encres végétales. Grâce à cet atelier, je compte développer et diffuser des procédés d’impression écologiques pour l’estampe contemporaine et l’exploration de nouveaux objets imprimés - livres, mais aussi lampes ou claustras. Enfin, ce lieu d’accueil et de formation pour les étudiants en école d’art per- mettra de fusionner les procédés d’estampes japonaises et françaises.

« Le choix a été très difficile, car les dossiers de candidature étaient tous d’un niveau exceptionnel, mais le travail de Sébastien Desplat a enthousiasmé le jury. Ce qui a fait la différence, c’est l’universalité de son langage, le lien intime tissé entre le Japon et la France.
La curiosité que suscite cette œuvre a aussi participé à notre adhésion. Lorsque nous avons découvert ce travail, il y a eu un silence habité de poésie et de sensibilité. L’œuvre infuse une notion d’excellence avec ce papier sublime, la justesse des aplats de couleur et la conviction écologique qui sous-tend cela – sans oublier les perspectives de développement. »

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Sébastien Desplat

Inspiré par son séjour à la Villa Kujoyama, Sébastien Desplat redonne vie au moku hanga, une technique traditionnelle japonaise d'impression sur bois, rarement pratiquée aujourd'hui. Avec Dans les bois, il réinvente ce savoir...