3 questions à Edgar Jayet et Louis Monier Conversation avec les lauréats de la récompense Dialogues 2026.
Edgar Jayet est designer et Louis Monier, menuisier en sièges. Le duo a été récompensé par le Prix Liliane Bettencourt pour l'Intelligence de la Main®- Dialogues 2026 pour la pièce Meslée, une chaise qui concentre cinq siècles de savoir-faire tout en répondant aux questions d’usage contemporain, notamment en matière de légèreté.
Quel message souhaitez-vous porter avec cette œuvre et comment avez-vous pensé votre collaboration ?
EJ Designer de formation, je défends une conception de la création qui fait la part belle aux métiers d’art, grâce à de vrais dialogues avec les artisans. J’ai pensé cette chaise comme une ode à la menuiserie en sièges, qui mêle les techniques du XVIII siècle à celles d’aujourd’hui. En contrepoint de cette tradition, j’ai conçu une pièce aux lignes singulières et contemporaines. Elle montre par ailleurs que l’artisanat d’art peut aussi s’appliquer à l’objet d’usage, une autre manière de l’inscrire dans l’époque.
LM J’ai suivi une formation classique de menuisier en sièges à l’école Boulle, où j’ai été formé par des maîtres. Très attaché à l’histoire de ce savoir-faire, j’ai lu tous les livres sur les artisans du XVIII siècle. En créant mon atelier, j’ai voulu faire vivre cet héritage, et ce travail avec Edgar montre qu’il n’est pas obsolète. Mes assemblages à tenon et mortaise s’inscrivent dans la tradition du xviiie siècle et j’utilise la 3D pour le prototypage. Cet artisanat a toujours été innovant.
Que représente cette récompense pour vous ?
EJ C’est, à mes yeux, le Prix le plus précieux. Depuis que j’ai monté mon agence en 2023 et que je collabore avec des artisans d’art, j’ai en ligne de mire cette récompense, sans équivalent. La Fondation a été précurseur dans la défense des métiers d’art, à un moment où personne ne s’y intéressait. En partie grâce à elle, ces métiers sont revenus dans le débat. Ils sont plus visibles et ont pris une dimension internationale qui accroît les opportunités.
LM C’est une récompense formidable, pour moi et mon atelier. Nous sommes sept artisans, et la fabrica- tion de cette chaise est un peu l’œuvre de chacun. Ce Prix constitue une vraie reconnaissance de la menuiserie en sièges, une passion partagée par toute l’équipe.
Quel projet allez-vous développer ensemble grâce à l’accompagnement de la Fondation ?
EJ La chaise Meslée possède une grammaire suffisamment riche pour être déclinée, et je vais poursuivre ma collaboration avec Louis pour développer une idée de série. C’est aussi une façon de défendre l’auto-édition, qui permet à des designers de mettre sur le marché leurs pièces sans passer par des intermédiaires. Je crois en ce lien direct avec les clients et en la possibilité de proposer des œuvres plus accessibles.
LM L’accompagnement de la Fondation va nous permettre d’acquérir une machine numérique, afin de gagner en qualité et en compétitivité. Nous allons compléter cet investissement important par d’autres éléments d’outillage très utiles pour développer ce prototype en petites séries.
« Nous avons été bluffés par cette œuvre. À travers cette récompense, nous avons aussi voulu saluer le travail des menuisiers en sièges, de moins en moins nombreux en France. Grâce au geste du designer, nous avons la preuve que ce savoir-faire a toute sa place dans la création contemporaine. La chaise Meslée est un ovni : elle pourrait être ancienne ou de style Art nouveau, mais, revisitée dans une esthétique contemporaine, elle prend un caractère énigmatique qui fait toute sa beauté. Sa légèreté et ses rondeurs témoignent
de la maîtrise de l’artisan. Ici, l’exceptionnel est dans le dessin et dans l’exécution, ce qui donne à ce duo un équilibre rare. »
Didier KrzentowskiFondateur de la Galerie kreo
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