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Tous à La Belle Etincelle !

Lancé en septembre dernier et toujours ouvert dans le parfait respect des règles sanitaires, La Belle Etincelle est LA table qui mérite à coup sûr une visite. La cuisine y est savoureuse et le service aussi convivial qu’efficace, le tout assuré par une équipe de jeunes serveurs et cuisiniers en situation de handicap. Le récit d’un projet redoutablement ambitieux, soutenu par la Fondation Bettencourt Schueller qui en est le premier mécène.

 

La restauration, secteur privilégié pour l’insertion

Une salle lumineuse qui abrite de petites tables en bois clair, des banquettes jaune safran et un vitrail Art Déco, une carte qui décline une cuisine française créative et savoureuse… Au cœur du XVème arrondissement, la Belle Etincelle a tout pour fidéliser les gourmands du quartier et décrocher les critiques les plus élogieuses du Fooding. Mais ici, il y a mieux encore -une chaleur, une générosité et une spontanéité uniques. Le mérite en revient à une équipe aussi professionnelle qu’atypique, composée de 2 chefs et 2 responsables de salle encadrant 8 serveurs et cuisiniers âgés de 18 à 32 ans, tous en situation de handicap. A l’origine de cette initiative ? François-Loïc Rousselon. Cet ex-consultant dans la finance a découvert le milieu du handicap par hasard, en 2007, via l’association « A bras ouverts » qui organise week-ends et séjours pour des jeunes. Encouragé par des amis, il propose d’y consacrer quelques heures durant ses loisirs. L’expérience changera sa vie. Dix ans plus tard, il choisit d’aller plus loin, quitte son job et créé l’association Tremplin Extraordinaire en s’entourant d’une équipe de bénévoles soucieux de relever un même défi, casser les frontières entre monde ordinaire et monde adapté. Ensemble, ils conçoivent un projet de restaurant intégrant des employés handicapés, une réflexion qui ne doit rien au hasard. « Un restaurant est un lieu de rencontre, ouvert sur le monde, précise d’emblée François-Loïc Rousselon. L’univers idéal pour des personnes porteuses d’un handicap, trop souvent ghettoïsés. De plus, la restauration constitue une filière privilégiée pour l’insertion. On y recrute une attitude plus qu’une compétence, et on forme au fil du temps ». Un choix conforté par le succès de la table Le Reflet à Nantes -qui emploie des salariés trisomiques depuis 2016 et affiche désormais complet plusieurs semaines à l’avance- ou, plus récemment, celui du café Joyeux à Paris, inauguré par Brigitte Macron.

 

Une équipe soudée et parfaitement concentrée

Restait alors à donner vie à la Belle Etincelle. Deux années ont été nécessaires, en bâtissant tout d’abord le business plan. « Nous avons demandé un prêt bancaire et sollicité le partenariat de différentes institutions », précise François-Loïc. Plusieurs répondent à l’appel et la Fondation Bettencourt Schueller devient le principal mécène, prenant en charge le financement des travaux et l’aménagement du restaurant. Le choix du lieu constitue la deuxième étape. « Nous voulions un espace assez grand, en plein cœur de Paris, facilement accessible ». Autant dire, impossible à trouver... Ce sera pourtant chose faite après une année de recherches intensives.  Vient enfin l’essentiel, le recrutement de l’équipe. François-Loïc contacte plusieurs associations, notamment Access et Down up qui facilitent l’intégration des personnes handicapées en milieu ordinaire, publie une annonce sur son site et finalise son recrutement - 8 jeunes, porteurs de handicap mental et cognitif, possédant pour la plupart une petite expérience dans les métiers de la restauration. Deux semaines de formation sont alors organisées pour fédérer l’équipe et affiner l’exercice qui impose une grande concentration, notamment en salle. Tout y est pensé, analysé – détail de la mise de table, synchronisation du service, juste distance relationnelle avec les clients…. « Autant de savoir-faire acquis avec une détermination extraordinaire », explique Jean-Pierre, le responsable de la salle. « Nous avions pensé le service en anticipant une certaine lenteur - dans les gestes, dans la mémorisation.  Nous avons été surpris par la vitesse avec laquelle nos jeunes ont trouvé leurs marques. Ils sont hyper concentrés, ils apprennent vite. Et ils en veulent ! ».

 

Faire évoluer les mentalités

Chacun est, en effet, conscient de l’opportunité qui s’offre à lui. Un emploi, c’est le sésame pour une vie longtemps rêvée. Un job, c’est avoir des choses à raconter à des copains, être fier de soi, entrer de plain-pied dans la société. C’est aussi un salaire, la possibilité d’un logement et donc, la conquête d’une autonomie. Tous, à l’évidence, avaient cela en tête ce 8 septembre dernier, jour de l’inauguration. 18 couverts le midi et 30 le soir, le résultat a été un sans-faute. Pour ce rodage, la clientèle se composait d’amis associés au projet et d’habitants du quartier. « Nous présentons le projet à ceux qui ne le connaissent pas encore. Et nous avons été jusqu’à présent bluffés par les réactions - une totale adhésion et, ensuite, une vraie admiration pour les résultats obtenus », explique François-Loïc. « Parallèlement à l’insertion de nos jeunes, cette sensibilisation du grand public est LA grande ambition du projet. Ce lieu permet concrètement de faire évoluer les mentalités, de bousculer les a priori ».

La reconnaissance du travail accompli constitue un moteur puissant pour l’équipe et la volonté d’excellence infuse tous les esprits. Heureux de pouvoir rester en activité en dépit de la situation, les jeunes ont participé à réaménager les lieux pour les rendre conformes aux règles sanitaires. En dépit du contexte morose, ils continuent de penser à demain et réfléchissent déjà à enrichir une carte qui réunit des plats 100 % faits maison et parfaitement exécutés, tels ces lasagnes de légumes rehaussés d’une sauce délicatement safranée ou ce cheesecake aux fruits rouges d’anthologie.  « Il faut le meilleur pour que ça marche » confirme Madeleine, 28 ans, s’excusant de ne pouvoir nous parler davantage. Le service va bientôt commencer, elle a beaucoup à faire et elle est très impatiente. « Ce soir, ma mère vient dîner. »

 

La Belle Etincelle en 3 chiffres

  • 45 couverts par service et 2 services par jour, soit 27 000 clients annuels.
  •  Un emploi du temps aménagé de 25h par semaine.
  • A terme, 16 salariés dont 12 porteurs de trisomie, tous détenteurs d’un CDI.

A savoir

La trisomie 21 touche 70 000 personnes en France (soit 1 cas pour 770 naissances). Aujourd’hui, 1 % seulement travaille en milieu ordinaire.