Centre International d’Art Verrier, le nouveau souffle de Meisenthal

Berceau du verre depuis le 18ème siècle, ce site vient de rouvrir ses portes après d’importants travaux de réhabilitation et d’agrandissement, soutenus par la Fondation Bettencourt Schueller. Une façon de donner un nouvel élan au centre et de lui permettre de relever un ambitieux défi… Redonner à l’art du verre son prestige, et son rôle d’acteur clé dans l’économie régionale.

 

Cette inauguration est un symbole, pour les métiers d’art et toute la région

Le 1er mai dernier, le directeur du CIAV, Yann Grienenberger, dévoilait au public le nouveau centre du verre de Meisenthal, largement réinventé après quatre années de travaux monumentaux. Une façon de redonner tout son souffle à ce site qui connut ses grandes heures aux 18ème, 19ème et 20ème siècles (le lieu employait plus de 600 artisans !) avant de sombrer peu à peu dans l’oubli, jusqu’à l’extinction du dernier four en 1969.  Rien ne laissait alors présager que la flamme verrière illuminerait à nouveau la vallée. Mais c’était sans compter sur la volonté d’une poignée de passionnés qui se sont mobilisés tout d’abord pour créer le Musée du verre de Meisenthal en 1983 puis, en 1992, ce Centre International d’Art Verrier. Celui-ci connait alors un développement continu et se retrouve peu à peu à l’étroit dans les lieux, justifiant la mise en œuvre de ce projet d’envergure. « Avec ces travaux de réhabilitation et d’agrandissement, nous avons l’ambition de donner un nouvel élan au centre pour en faire un lieu global. Un nouveau maillon dans la chaine de transmission des savoir-faire avec des espaces de création, de production et de sensibilisation à l’art verrier » explique Yann Grienenberger, à la tête du CIAV depuis 2001 et lauréat, en 2014, pour sa première édition, de la récompense Parcours du Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main®.

Une collection exceptionnelle d’œuvres Art Nouveau, signées Emile Gallé

Mission accomplie avec ce nouveau site, déployé sur 7000m2. « Nous avons d’abord cherché à clarifier les lieux en mettant en valeur les trois grandes institutions que sont le musée, la halle et le centre verrier lui-même » explique Lucie Fournier qui a participé au projet, mené conjointement par le cabinet d’architecture new-yorkais So-IL et Freaks Architecture à Paris. Suivant le nouveau parcours imaginé, le visiteur pénètre dans le centre par une immense vague de béton qui vient en écho aux belles rondeurs des collines boisées du pays de Bitche qui entourent Meisenthal.

Construit sur un ancien atelier de gravure à l’acide, ce bâtiment abrite l’accueil ainsi que la boutique du centre. Vient ensuite la découverte du musée qui dévoile plus de 300 ans d’aventures verrières, du 18ème siècle à nos jours. Celui-ci regroupe environ 200 pièces, notamment une exceptionnelle collection d’œuvres signées Emile Gallé, le chef de file de l’Ecole de Nancy qui mènera ici un travail technique et artistique inédit. On y découvre, ébloui, l’une des pièces maîtresses de la collection… le spectaculaire Vase à la carpe, parfait symbole de l’Art nouveau et d’inspirations puisées dans le japonisme, notamment l’œuvre d’Hokusaï. Du grand spectacle, mis en lumière par une muséographie contemporaine et un nouveau parcours de visite, des cartes interactives et des vidéos qui dévoilent cet art de façon didactique et immersive.

Des collaborations régulières entre artisans d’art et designers contemporains

Depuis le musée, une passerelle conduit au centre verrier lui-même avec ses ateliers historiques et de nouveaux espaces dédiés au verre à chaud, où travaille à l’année une dizaine d’artisans d’art. « Pour faire vivre et transmettre nos savoir-faire aux générations futures, il est indispensable de les confronter aux questions et aux désirs contemporains.  Voilà pourquoi nos verriers collaborent régulièrement avec des étudiants des écoles d’art, des designers et des plasticiens » explique Yann Grienenberger. L’artiste François Daireaux a produit ici la série « Blow Bangles », fusionnant les techniques des verreries de Firozabad en Inde et celles de Meisenthal. Le designer François Azambourg y a conçu des pièces uniques, comme le désormais mythique vase Douglas. Accueilli en résidence, le designer Nicolas Verschaeve a réinterrogé la technique du soufflage au moule, créant un ensemble d’œuvres qui font aujourd’hui l’objet d’une exposition. « Par ailleurs, nous avons relancé l’édition des traditionnelles boules de Noël en proposant, chaque année, à un designer d’imaginer une nouvelle création. Avec succès, puisque nous vendions une soixantaine de pièces en 2000 et que nous en sommes désormais à 60 000 », poursuit Yann Grienenberger.

Une réussite qui témoigne de la volonté de redonner un vrai dynamisme à cet artisanat d’art, et de susciter des vocations. Largement ouvert au public, le lieu accueille des élèves de la région qui participent notamment aux ateliers des petits verriers -faisant ainsi leur baptême du feu- mais aussi des étudiants d’écoles d’art, venus de toute l’Europe. Cette mission de sensibilisation s’effectuera en lien avec l’initiative de l’ONU qui a proclamé 2022 « Année internationale du verre », avec des manifestations dans plus de 90 pays autour du rôle du verre dans les domaines scientifiques, économiques, artistiques et culturels.

UN LIEU UNIQUE DE RENCONTRES, D’EXPOSITION ET D’ART VIVANT

La visite se prolonge enfin par la halle verrière et sa « boîte noire » -une salle de spectacle ultra-contemporaine qui peut accueillir de 300 à 3 000 personnes avec des espaces modulables, des gradins rétractables et d’exceptionnelles conditions de son et lumière.

L’espace accueillera des concerts (la chanteuse Zaz s’y produira le 20 mai 2022 et Hubert Félix Thiéfaine le 11 novembre), des spectacles d’art vivant (notamment le festival de théâtre de rue « Demandez-nous la lune ») ou encore de prestigieuses expositions d’art contemporain, à l’image de celles qui ont déjà fait la renommée du site, de Daniel Buren à Jan Fabre ou Michel François.

Au-delà de la production verrière et son rayonnement, le CIAV se place ainsi à la croisée de toutes les pratiques créatives et culturelles, bien décidé à attirer de nouveaux visiteurs comme le rappelle Yann Grienenberger : « Nous en sommes à 60 000 et espérons bien atteindre les 100 000 d’ici 2023 car notre ambition est aussi là ; participer activement à l’attractivité touristique de la région ».

Le CIAV et la Fondation Bettencourt Schueller

 

Le Fondation a entamé en 2011 un long compagnonnage avec le CIAV, participant tout d’abord au renouvellement du parc de cannes à souffler. En 2014, elle s’engage pour donner le coup d’envoi de ce vaste plan de réhabilitation, avec l’objectif de penser une production verrière tournée vers le 21ème siècle, en décernant à Yann Grienenberger la première récompense Parcours du Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main®, récompense destinée à saluer une personnalité exemplaire pour son engagement, ses réalisations et sa contribution au secteur des métiers d’art. De 2018 à 2021, la Fondation soutient l’investissement immobilier et l’achat de nouveaux équipements (dont un four) dans le cadre de la réhabilitation du nouveau site verrier. Le montant total de l’accompagnement alloué au CIAV s’élève à 1,2 million d’euros. 

 

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    © Gilles Coulon / Tendance Floue

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