"Viva !" Un album pour célébrer 30 ans de chant choral

A l’occasion des 30 ans du Prix Liliane Bettencourt pour le chant choral, la Fondation a produit un album réunissant des œuvres chantées par 19 ensembles lauréats. La direction artistique en a été confiée à Laurence Equilbey, fondatrice du chœur accentus, lauréate du Prix en 1995, aujourd’hui présidente du jury. Laurence Equilbey a souhaité célébrer, au sein de cet album, la singularité de chaque ensemble et l’incroyable étendue de leur répertoire.

La Fondation Bettencourt Schueller vous a confié la direction artistique de cet album. Comment l’avez-vous imaginé ? Dans quel esprit et avec quels objectifs ?

J’ai demandé aux ensembles et maitrises d’enfants lauréats de me proposer trois titres de 4 à 5 minutes, datant de l’époque de leur Prix. J’ai ensuite choisi selon plusieurs critères. Je voulais montrer la signature musicale de ces chœurs à ce moment-là, équilibrer le disque dans les répertoires (sacré ou profane ; musique ancienne, baroque, romantique ou contemporaine ; venue de France, Allemagne, Italie, Angleterre ou Hongrie). Mon désir était de concevoir un disque d’une grande diversité, montrant l’étendue du répertoire de ces ensembles.

 

Il réunit des interprétations de 19 ensembles, lauréats du Prix Liliane Bettencourt pour le chant choral depuis la naissance de cette récompense en 1989. Quels sont leurs points communs, et leurs différences ?

On le sait, chaque siècle a ses meilleurs compositeurs, et ceci quel que soit le pays. Le premier point commun de ces ensembles est d’abord la pertinence dans le choix de leur répertoire. Certains sont spécialistes du baroque français ou italien, d’autres sont des maîtrises, d’autres encore ont une esthétique de chœur ample… Mais tous possèdent une grande conscience du style. Ce disque met en valeur la Renaissance et le baroque comme le XXème siècle ou le contemporain. Seul le style a cappella romantique est un peu plus rare.

 

Qu’est-ce qui vous touche le plus dans ces formations ?

La plupart de ces ensembles ont décroché le Prix à leur début de carrière. Ce que l’on ressent avant tout, c’est le désir ; l’allant de chanteurs et de chefs passionnés. Beaucoup des répertoires interprétés ici étaient peu, ou pas, enregistrés. Ces contributions comblent un vide, et ravivent l’intérêt pour un patrimoine inouï. Les créations, quant à elles, rappellent que certains chœurs français ont œuvré énormément pour reprendre le chemin du contemporain à la fin du XXème siècle. C’est très motivant, car la musique contemporaine au chœur est toujours quelque chose de très fort et indispensable dans la parole musicale. Elle est une part de nous.  

 

 

Le tout forme un ensemble d’une grande harmonie. Comment avez-vous conçu les enchaînements, le rythme général de l’album ? Et quel public aviez-vous à l’esprit en l’imaginant ?

Trois cycles s’enchaînent, avec une chronologie cohérente pour chaque période. Je voulais ouvrir avec une œuvre flamboyante, j’ai choisi celle de Rameau. Je décline ensuite une phase de musique sacrée, allant jusqu’à Ropartz. Une séquence profane vient ensuite contraster, de Marenzio à Ohana. La troisième partie revient au chant sacré, de Ockeghem jusqu’à Canat de Chizy et Castagnet. J’ai essayé de varier les tempi pour alterner la joie, l’incantation et la lamentation. Chaque période est assez naturelle et les ruptures entre chacune d’entre elles sont assumées. J’avais à l’esprit le grand public amoureux de la voix, du chœur et de sa somptueuse littérature, savante comme populaire.

 

Vous êtes également la présidente du jury du Prix Liliane Bettencourt pour le chant choral. Pouvez-vous nous en rappeler les ambitions ?

Celles-ci ont beaucoup évolué depuis les années 1990-2000. Les lauréats sont désormais accompagnés, pendant plusieurs années. Cette récompense a toujours eu une grande importance, et je crois que chacune des phalanges présentes dans cet enregistrement pourrait témoigner de l’impact qu’elle a eu pour elle. Toutefois, le Prix tel qu’il est attribué actuellement est plus stratégique encore. Il est davantage doté, il juge et suit véritablement le projet artistique et pédagogique des ensembles primés.

 

Ce Prix participe d’un soutien plus global à l’univers du chant choral. Quelles sont les grandes actions de la Fondation, et leurs objectifs ?

La Fondation a contribué -et contribue toujours- au renouveau de l’art choral professionnel et des maîtrises en France.  Elle joue un rôle déterminant dans la structuration de ce mouvement, à travers le Prix mais aussi par son soutien à d’autres missions. Elle a permis, par exemple, la création du centre de ressources, Le Cen, qui partage les ressources de nombreux ensembles avec la communauté chorale dans son entier, y compris à l’étranger.

 

Vous-même avez été lauréate en 1995. Quels ont été les bénéfices de cette récompense ?

En 1995, accentus était au début de sa professionnalisation. Les chanteurs étaient rémunérés, nous disposions d’une petite subvention de l’Etat et d’une aide de la Fondation France Télécom (actuelle Orange), qui a aussi beaucoup œuvré pour les chœurs. Arrivé à l’été 1995, nous étions néanmoins en situation de crise, et notre équilibre financier restait difficile. Le téléphone a sonné, c’était la Fondation Bettencourt qui nous récompensait de son Prix. A l’époque il offrait 40 000 francs. Cela nous a sauvés et permis d’avancer. Une sorte de miracle ! Indépendamment de la question financière, le Prix était déjà très prestigieux et cet adoubement nous a portés.

 

Ce Prix a 30 ans mais il est surtout centré sur demain. Quels sont les enjeux et objectifs pour les prochaines éditions ?

La période qui s’ouvre est intéressante, car il y a désormais un grand nombre de chœurs professionnels excellents en France. Les enjeux actuels sont pluriels : aider ces formations à continuer leur activité, sédimenter leur apport pour qu’il devienne culture, s’intéresser à leur pérennité tout en continuant à ouvrir la porte aux jeunes chefs et ensembles… Tous ceux qui feront le chant choral de demain.