SCOTT
WADDELL

Le hasard des sauts de gènes à l’origine de la personnalité

Prix Liliane Bettencourt pour les sciences du vivant - 2014

A l’université d’Oxford, les recherches de Scott Waddell éclairent le fonctionnement de la mémoire, jusqu’à l’échelle du neurone. De plus, certains de ses travaux les plus récents pourraient expliquer l’individualité des cerveaux et pourraient révéler ce qui rend unique le comportement de chaque individu.

Scott Waddell sait implanter de faux souvenirs à des mouches du vinaigre. En manipulant directement des petits groupes de neurones, il peut tout aussi bien leur donner faim. A l’Université d’Oxford, le chercheur intervient sur ces comportements pour décrypter le fonctionnement de la mémoire.

Cette approche a permis une découverte tout à fait inattendue, qui pourrait expliquer par exemple les différences de personnalités entre jumeaux homozygotes. Au sein des corps pédonculés - structures dédiées à la mémoire et propres aux insectes - Scott Waddell a découvert que chaque membre du groupe de neurones α/β possède un capital génétique distinct. A l’origine de cette individualité, les éléments génétiques mobiles, petites séquences d’ADN capables de se transposer d’une cellule à l’autre. Ces « gènes sauteurs » s’intègrent au hasard dans les génomes des neurones des corps pédonculés et seraient la source des nuances de réponses des mouches aux stimuli de l’environnement.

La Fondation Bettencourt Schueller, en récompensant Scott Waddell pour ses découvertes, soutient la poursuite d’un programme de recherche qui prévoit de caractériser les événements de transposition à l’échelle du neurone unique. L’importance de ces travaux dépasse la recherche fondamentale. Chez l’homme, la schizophrénie, l’addiction ou encore la démence liée à l’âge ont été corrélées avec des taux anormaux de transposition dans des zones du cerveau apparentées à celles étudiées par Scott Waddell chez la mouche.

Scott Waddell

Les premiers travaux de recherche réalisés par Scott Waddell, lors de son doctorat, concernent la cancérologie. Ce domaine ne lui convient pas et c’est en lisant les articles pionniers de Chip Quinn relatifs à l’influence de gènes uniques sur l’apprentissage et la mémoire que le jeune chercheur trouve sa voie. En 1996, Scott Waddell rejoint le laboratoire de ce même Dr Quinn au MIT. Le post-doctorat qu’il réalise sous sa supervision l’amène à découvrir deux imposants neurones qui orchestrent ensemble le processus de stabilisation de la mémoire chez la mouche du vinaigre. Les techniques d’altération du fonctionnement de neurones individuels qui ont permis cette découverte aident ensuite Scott Waddell à mieux définir le fonctionnement des corps pédonculés, siège de la mémoire chez la mouche. Les travaux qu’il mène avec son équipe à l’université d’Oxford participent progressivement à apporter un nouvel éclairage sur la manière dont nous comprenons l’apprentissage et pourraient dévoiler l’origine cellulaire de l’intelligence chez tous les animaux.


http://www.dpag.ox.ac.uk/team/group-leaders/scott-waddell


scott.waddell@cncb.ox.ac.uk

  • 1996Doctorat en biologie moléculaire, University of London, Royaume-Uni
  • 1996-2001Post-doctorat, Massachusetts Institute of Technology, Cambridge, Etats-Unis
  • 2001-2011Professeur et chef d’équipe, Département de neurobiologie, University of Massachussetts Medical School, Worcester, Etats-Unis
  • 2010Wellcome Trust Senior Research Fellowship in Basic Biomedical Sciences
  • Depuis 2011Professeur de neurobiologie et chef d’équipe, University of Oxford, Royaume-Uni
  • Depuis 2012Co-Directeur et Vice-Directeur, Oxford Martin School Programme on Mind and Machine et Centre for Neural Circuits & Behaviour, Oxford, Royaume-Uni
  • Depuis 2014Directeur de recherche, Pembroke College, University of Oxford, Royaume-Uni
  • 2014Elu membre de l’European Molecular Biology Organization
  • 2014Prix Liliane Bettencourt pour les sciences du vivant