En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies destinés à améliorer la performance de ce site et à vous proposer des services et contenus personnalisés.

En savoir plus

X

La médiation scientifique, une voie d’épanouissement pour les jeunes

A l’école maternelle ou au lycée, l’apprentissage des sciences continue en France d’occuper une place singulière. Terreau des élites ou révélateur d’inégalités sociales, les sciences concentrent à la fois plaisir de la découverte et peur de l’échec. Pourtant elles permettent d’éveiller la curiosité et le sens critique, de s’ouvrir au monde, d’élaborer et de vérifier des hypothèses.

Pourquoi cette formidable porte d’accès vers le monde reste-t-elle parfois si difficile à ouvrir ? Les enseignants disent manquer de temps ou de compétence pour initier les jeunes aux sciences. Les laboratoires des établissements scolaires ne seraient pas adaptés à un accompagnement à la recherche. Les programmes chargés ou le manque de temps sont aussi invoqués. Pour les aider, des accompagnements d’un nouveau genre se sont multipliés : tutorat, jeux, concours ou médiations réalisées par des chercheurs, des ingénieurs ou des doctorants. Retour sur ce sujet avec cinq acteurs engagés sur ce terrain de la découverte et de l’initiation scientifique.

 

Morgane Le Bras, présidente de l’Arbre des connaissances

Nous sommes une association de chercheurs. Il nous a semblé pertinent de sensibiliser des élèves, de collèges et de lycées essentiellement, à la pratique expérimentale de la recherche (dispositif Apprentis chercheurs) ou du débat argumenté autour de questions scientifiques (action Jouer à débattre).

Avec Apprentis chercheurs, les jeunes découvrent un laboratoire en exercice. Ils pénètrent dans un écosystème professionnel et appréhendent la recherche en train de se faire, avec ses acteurs réels. Notre action s’inscrit dans le temps, durant une année scolaire. C’est très important car les jeunes évoluent beaucoup à ces âges-là et nous les voyons mûrir intellectuellement. Nous constituons des binômes composés d’un collégien et d’un lycéen, d’établissements différents pour favoriser la mixité et l’enrichissement individuel. Ce qui nous intéresse, c’est de développer chez les élèves un esprit critique par la démarche expérimentale, afin qu’ils puissent ensuite le mettre en œuvre et l’éprouver. Le but est de poser une question, de réaliser les expériences, de les analyser, de rester objectif par rapport aux résultats obtenus, d’apprendre à lire les informations, d’observer… et quelle fierté pour les élèves Apprentis chercheurs de présenter leur travail devant un amphithéâtre composé de chercheurs, de leur famille, d’élèves, d’enseignants ! C’est une expérience inoubliable et fondatrice pour un jeune adolescent.

Constance Hammond, présidente de Tous chercheurs

Partant du postulat qu’il n’est pas possible d’équiper tous les établissements scolaires de matériel scientifique sophistiqué, nous avons reproduit un laboratoire de recherche de 250 m2 dans un institut de recherche Inserm. Il permet d’accueillir des classes, essentiellement de lycée, durant trois jours, et de les faire travailler sur une problématique de leur programme. Il ne s’agit pas de travaux pratiques mais bien d'une initiation à la recherche scientifique. La classe est divisée en quatre groupes, encadrés chacun par un chercheur. Avec son aide, ils observent, formulent leur questionnement et leurs hypothèses, expérimentent, et communiquent entre eux.

Les enseignants constatent que cette expérience favorise la cohésion du groupe car les élèves apprennent à mieux se connaître et à s’entraider. Si l’objectif final n’est pas de créer des chercheurs, force est de constater que les élèves améliorent leur méthodologie et leur raisonnement critique. Ils comprennent aussi mieux ce qu’implique la validation d’un résultat et en quoi consiste notre métier.

Devant le succès rencontré, nous travaillons à l’essaimage de ce dispositif. Trois nouveaux centres, largement soutenus par la Fondation Bettencourt Schueller, vont ainsi ouvrir leurs portes en Lorraine entre 2016 et 2018. 

François Gaudel, président de Science ouverte

Depuis près de 10 ans, l’association Science ouverte intervient dans des quartiers sensibles de Seine-Saint-Denis pour « ouvrir les jeunes à la science et la science aux jeunes », et lutter contre le sentiment d’exclusion sociale et culturelle.

Le bilan de cette expérience est très positif. Nous avons constitué un noyau de jeunes vraiment motivés par les sciences, qu’il s’agisse de mathématiques, de biologie ou de physique. 80 % d’entre eux se sont engagés dans des études longues, et si nous continuons à les suivre et les accompagner, nous ne travaillons pas à leur place. Tout le mérite leur revient.

Aujourd’hui nous souhaitons créer en Seine-Saint-Denis une structure visible et efficace. D’ici trois ans, nous espérons ouvrir un centre d’exploration et de diffusion des sciences, à Drancy. Il permettra d’accueillir à la fois des familles et des classes primaires dans un espace ludique, mais aussi d’animer des ateliers et de proposer des stages pour des jeunes plus âgés. Les jeunes ont besoin d’initiatives d’excellence, non en termes de filières sélectives mais bien de contenus car ils ont soif d’apprendre à comprendre.

Ange Ansour, directrice des Savanturiers, programme développé par le Centre de recherches interdisciplinaires

Les Savanturiers sont un programme d’éducation par la recherche qui s’adresse aux élèves dès l’école primaire. Cette démarche permet aux enfants de s'appuyer sur leur curiosité naturelle pour développer une réflexion scientifique, une pensée critique et leur créativité. Chaque classe bénéficie du parrainage d'un expert : chercheur, ingénieur, étudiant, journaliste... Les enseignants apprécient cet accompagnement qui valide la démarche scientifique.

La priorité aujourd’hui est de construire une pédagogie qui inclue les nouveaux rapports au savoir à l’ère du numérique, et de former des citoyens avertis. Il est important pour les élèves de faire l’expérience de la production, de la validation et du partage des savoirs dès le plus jeune âge, en compagnie de leurs enseignants qui, eux, sont des spécialistes de la transmission. Nous accompagnons individuellement les classes, au cas par cas, en travaillant sur le design pédagogique de la classe. Comment organiser ma recherche ? Quel est son objet ? Après les sciences exactes, nous développons actuellement un travail sur la médiation autour des sciences humaines et sociales où  de nombreux domaines sont concernés : l’histoire, la citoyenneté… 

Denis Savoie, Directeur de la médiation scientifique et de l’éducation au Palais de la découverte

Universcience regroupe le Palais de la découverte (fondé en 1937) et la Cité des sciences et de l’industrie (fondée en 1986). Sa mission est de faire connaître et aimer les sciences au grand public. Chaque jour, des conférences, véritables médiations scientifiques et des ateliers sont ainsi animés par des chercheurs doctorants au Palais de la Découverte et à la Cité des sciences et de l’industrie. L’idée qui prévaut est de permettre à ces jeunes chercheurs de présenter leurs travaux de thèse à un public néophyte, qui ne connaît parfois rien à la science mais souhaite la découvrir et en comprendre les mécanismes.

Chaque année, 2,5 millions de personnes de tous âges assistent à des conférences réalisées par les savants de demain. Les doctorants sont bien sûr préalablement formés et entraînés par nos équipes à la médiation orale ou à la rédaction d’articles de vulgarisation. C’est un exercice difficile qui nécessite pédagogie et rigueur. Comment parler d’astronomie ou de la formation des dunes sur Mars à quelqu’un qui ne fait pas de différence entre une planète et une étoile ?

Mais tous disent que cette expérience est inoubliable. Pour certains, le passage par Universcience s’est parfois révélé déterminant pour l’obtention d’un poste car il permet d’acquérir une expérience concrète de la diffusion de la culture scientifique auprès de tous les publics. Nous espérons également qu’il a pu susciter des vocations auprès des plus jeunes.