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En finir avec l’échec scolaire en banlieue

La Fondation Espérance Banlieues a organisé le 4 avril dernier à Paris un colloque sur le thème de l’échec scolaire en banlieue. Elle entend sensibiliser les acteurs politiques aux problématiques éducatives des banlieues. Car des solutions existent. Elles sont expérimentées avec succès depuis plusieurs années, dans ces quartiers difficiles. 

On compte aujourd’hui 15 % d’illettrisme dans les banlieues, deux fois la moyenne nationale. De même, moins de 50 % des élèves scolarisés dans les zones urbaines sensibles maîtrisent les compétences de base à la fin du collège, avec pour conséquence directe une employabilité limitée. Au-delà de l’école, il s’agit bien de l’intégration sociale et professionnelle des jeunes.

Pourtant, en France comme à l’étranger, des alternatives émergent, des solutions existent. Les partager, les soumettre au regard et à l’expertise de la collectivité civile, enseignante et politique est une étape décisive pour relever le défi d’une éducation réussie dans les banlieues. Le colloque de la Fondation Espérance Banlieues, organisé dans le lieu porteur de sens qu’est l’Assemblée nationale, a réuni des experts de tous bords politiques, et créé des passerelles entre éducateurs motivés par un seul objectif : combattre cette « situation d’urgence éducative » pour favoriser la réussite et l’intégration scolaire des enfants en banlieue.

 

Des propositions multiples et complémentaires

Pour Anne-Marie Garcia, ancienne inspectrice de l’Académie de Créteil, la réussite des élèves ne peut passer que par la motivation propre de l’enfant et une collaboration volontaire et constructive entre l’école et la famille. Elle propose ainsi d’instaurer une politique d’accueil et d’accompagnement des familles. 

Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne, propose un changement de regard sur l’investissement de l’Etat dans l’éducation. Pour lui, il faut réduire les inégalités sur le plan éducatif en investissant dès les petites classes, c’est à dire dès l’école primaire, afin de donner des chances équivalentes à chacun. Il prône enfin l’amélioration du suivi individuel en aménageant des heures supplémentaires consacrées à l’apprentissage de la lecture.

D’autres propositions émergent dans les quartiers sensibles à l’initiative de parents ou de professeurs : l’insertion dans le carnet de liaison d’un espace de dialogue positif avec les parents pour valoriser les réussites de l’enfant, le recrutement des enseignants dans les zones difficiles sur un critère de motivation…

D’autres modèles existent également à l’étranger. Ainsi, Ark International a développé un réseau de 34 écoles privées indépendantes, installées dans les zones sensibles, et gérées par des organismes « non-profit » mais soutenues par le Gouvernement du Royaume-Uni. Ces écoles sont aujourd’hui reconnues pour leur niveau d’exigence très élevé. Elles doivent leur réussite à des méthodes propres, recentrées sur l’apprentissage des matières fondamentales (anglais, mathématiques, histoire) mais avec souplesse et flexibilité dans le suivi des programmes. Une source d’inspiration pour ceux qui cherchent d’autres formes d’apprentissage ?

La Fondation Espérance Banlieues

Créée en 2012, la Fondation Espérance Banlieues s’est donné pour mission de favoriser le développement d’écoles indépendantes de qualité dans les quartiers sensibles. Agir vite, s’adapter aux besoins réels des enfants, instaurer une véritable collaboration avec les familles, conforter le rôle des parents... Cela nécessite de travailler en liens très étroits avec les enseignants et de partager une vision et un projet communs, pour partager quelques convictions déterminantes : la confiance, la volonté de s’intéresser à l’enfant dans sa globalité, le choix de s’adapter aux besoins spécifiques de chaque enfant, l’implication des parents qui sont partenaires éducateurs, le respect des différentes religions sans en pratiquer aucune au sein des écoles. Quatre écoles ont déjà été créées. Face au succès rencontré, la Fondation Espérance Banlieues espère en ouvrir quatre autres en 2016. 

 

Les cinq piliers de la réussite scolaire, selon Vincent Lafontaine, directeur général de la Fondation Espérance Banlieues

  • 1. La confiance

Redonner de la confiance aux enfants, pour qu’ils croient en eux d’abord, mais aussi dans le système scolaire et dans le monde des adultes. Ils souffrent d’un manque de reconnaissance, ne se sentent pas capables de réussir et ont besoin de comprendre et de respecter le monde dans lequel ils grandissent. Pour ce faire, il est essentiel d’accorder du temps à chacun, d’entrer en relation, de connaître les élèves. Cela passe par des classes et des écoles à petits effectifs, et par le développement d’outils quotidien de valorisation : bilan de fin de journée, toutes les formes de réussite saluées quotidiennement…

  • 2.  La volonté de s’intéresser à l’enfant dans sa globalité

L’école est chargée de former des citoyens, prêts à s’engager et à servir la communauté nationale. Il s’agit donc d’éduquer des esprits, des corps, mais aussi des cœurs et des personnalités pour que les enfants soient « équipés », qu’ils puissent devenir des  citoyens « debout », libres de leurs choix et capables d’en assumer les conséquences. Pour cela, il faut du temps, des règles comprises et partagées par tous et de la disponibilité.

  • 3. L’adaptation aux besoins spécifiques des enfants

Ces enfants vivent dans des zones difficiles. Ils y sont souvent écartelés entre deux cultures, leurs parents voire leurs grands-parents pouvant être issus de l’immigration. Comme tous les autres enfants, ils ont besoin de recevoir les enseignements fondamentaux (écrire, lire, compter) mais ils doivent aussi maîtriser parfaitement le français pour pouvoir progresser dans les autres matières. L’histoire de France est également un enjeu important dans ces classes. Car les enfants doivent apprendre comment la France s’est construite, d’où elle tire ses origines et d’où viennent les valeurs qu’elle défend, afin d’aimer ce pays et de développer un sentiment d’appartenance.

  • 4. Les parents, partenaires éducateurs

Pour la réussite et le bien-être des enfants, il n’est plus acceptable de scinder leurs univers. La Fondation Espérance Banlieues rend leur responsabilité d’éducateurs aux parents et entend supprimer le mur qui s’est peu à peu installé entre l’école et la famille. Le dialogue s’instaure à travers des occasions multiples, dont certaines sont très symboliques, comme la signature avec les parents de la charte de l’école, ou la cérémonie de remise de l’uniforme. Mais il passe aussi par un échange régulier de SMS avec le professeur principal. Il s’agit ici de valoriser les progrès des élèves, leur réussite. Les SMS, positifs, portent sur ce que d’autres jugent être des réussites mineures (apprendre à sauter à la corde). Or ces reconnaissances sont essentielles pour développer la confiance et instaurer des échanges de qualité. L’école peut aussi proposer des ateliers d’aide à la parentalité pour les aider dans leur fonction.

  • 5. Des écoles aconfessionnelles 

Aucun enseignement religieux n’est proposé dans les établissements. Pour autant, les enfants arrivent à l’école avec leur culture et leurs traditions. La religion en fait partie. Il est important d’accueillir les enfants tels qu’ils sont, sans exclure les questions liées à leur religion. L’enfant peut ainsi s’exprimer mais l’échange sera placé sous le prisme de la connaissance et de la raison, qui restent les outils de l’école. C’est en d’autres termes une initiation à la laïcité respectueuse des opinions et des points de vue de chacun.