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Double Je : enquête au Palais de Tokyo

Après l’Usage des formes au printemps 2015, Double Je ouvrira ses portes le 24 mars 2016.

Le Palais de Tokyo, manifeste ainsi à nouveau son intérêt pour les liens entre les artisans d’art, les designers et les artistes plasticiens. Dans un partenariat de trois ans, la Fondation s’est engagée aux côtés du Palais de Tokyo pour créer un cycle d’expositions mettant en lumière les métiers d’art et les savoir-faire français dans la création contemporaine.

Double Je, une exposition inspirée d’une nouvelle de Franck Thilliez, inaugure une scénographie et une approche inédites, invitant les visiteurs à pénétrer sur une scène de crime pour y résoudre une énigme. C’est le moment de rentrer dans la peau d’un détective car chaque œuvre entraînera le visiteur à la recherche d’indices, cachés ou camouflés dans les détails de réalisations uniques mais variées, fruits du dialogue et de la collaboration entre artisans d’art, designers et plasticiens.

Entretien avec Jean de Loisy, président du Palais de Tokyo et commissaire de cette exposition

Pourquoi vouloir ouvrir et nourrir un dialogue entre artisans d’art et artistes contemporains ?

Jean de Loisy : Ce partenariat engagé pour trois ans avec la Fondation Bettencourt Schueller est né d’un constat. Depuis les années 1940, on observe un divorce consommé entre les métiers d’art et la création. Seul Picasso, encore une fois, fait exception. Mais depuis quelque temps, des artistes contemporains se remettent à solliciter des artisans d’art et à reconsidérer les gestes qui accompagnent ces savoir-faire. L’idée de notre partenariat est de re-féconder l’art contemporain par la reconnaissance des techniques ancestrales utilisées dans les métiers d’art. Le malaise historique repose sur des malentendus. Les artistes ont une fascination pour certains métiers mais ne savent pas comment les utiliser, craignant une exploitation passive, voire un abus, une rupture avec les savoirs traditionnels. Avec ces expositions, nous initions un travail de création commune, qui peut revêtir diverses formes. Certains artisans d’art travaillent seuls, d’autres collaborent avec les artistes ou les designers pour élaborer ensemble une nouvelle forme ; certains artistes encore utilisent la maîtrise des artisans d’art. Au Palais de Tokyo, nous les invitons à créer des liens, nous les mettons en relation.

Comment les artisans d’art, les designers et les plasticiens ont-ils abordé ce travail pour le moins singulier ?

Jean de Loisy : Tout a démarré avec une nouvelle policière de Franck Thilliez, un jeune écrivain à succès qui a par ailleurs le même âge que les visiteurs de Palais de Tokyo. Cet homme est fascinant car il se passionne pour la recherche. Son travail est précis et très documenté. Il s’est même amusé à retravailler la nouvelle en intégrant les projets des artistes et artisans.

Au démarrage, nous avons donc dressé un inventaire des objets à fabriquer pour résoudre l’énigme : un paravent, un couteau, etc., soit une vingtaine de commandes spécifiques. Certains artisans ont souhaité collaborer. C’est le cas de l’artiste peintre Pierre Seinturier, lauréat du Prix spécial du jury de Montrouge en 2013 et d’Anne Nicolle, sculptrice sur bois, élève du maître d’art Jean Renouvel. Ils ont ensemble réalisé un paravent, retable Renaissance. D’autres artisans ont apprécié de travailler à l’intérieur de l’œuvre d’un artiste, bousculant et réinventant son travail. C’est par exemple la broderie de Capucine Herveau qui a enchanté Jorge Molder. On trouve également des artistes qui ont voulu associer leur création pour délivrer un message autonome et complémentaire. C’est le cas de l’artisan d’art designer Mathias Kiss et de l’artiste brésilienne Janaina Mello Landini, qui ont réalisé un labyrinthe in situ. Enfin certains artisans sont allés jusqu’à inspirer l’intrigue. C’est le cas notamment des vases du studio In-flexions générés en 3D par le son de la voix.

Finalement vous organisez cette exposition comme un jeu ?

Jean de Loisy : Mais c’est de toutes façons un jeu que de déambuler dans une exposition. Ici, de nombreuses œuvres exposées vont dans le sens de l’indice, de l’intrigue. Lorsqu’on a étudié l’histoire de l’art, on s’est habitué à fouiller les tableaux pour découvrir des indices, comprendre les inspirations originelles. Déceler, distinguer sont des langages et des exercices communs aux amateurs d’art. Double Je utilise ces codes et manifeste une obsession du détail, obsession commune et partagée par les artisans, les artistes, les criminels, les policiers. Ce rapprochement d’univers est assez fascinant tant il paraît évident. D’ailleurs j’ai fait travailler certains artistes dans cette exposition parce que leur œuvre exprimait la tension de la nouvelle.

Mais l’objectif final de cette exposition est de ralentir le regard, d’obliger les visiteurs à observer les objets en détail, dans toute leur finesse et sublime délicatesse. Si l’on traverse rapidement l’exposition, on découvrira bien sûr l’arme du crime, un couteau réalisé par Jean-Noël Buatois, lauréat du Prix Liliane Bettencourt pour l’intelligence de la main 2011. Mais l’observation plus précise révèlera que le manche de cette dague de 45 cm est un moulage en argent de vertèbres de serpent et la lame est en acier damassé.

Vous n’avez de cesse de vouloir décloisonner les champs artistiques et scientifiques, de déstabiliser les publics pour créer la surprise et l’émulation de tous.

Jean de Loisy : En effet ! Et la troisième exposition que nous proposerons avec la Fondation Bettencourt Schueller en 2017 explorera aussi un territoire inhabituel. Il est un peu tôt pour en parler mais c’est bien notre mission que d’inventer des espaces culturels comme on n’en a jamais vu. Nous revendiquons notre volonté de repousser les limites, de rester turbulents, voire parfois insolents. Dans ce haut lieu de la création contemporaine, nous souhaitons faire dialoguer les disciplines et inviter au décloisonnement pour inscrire les métiers d’art dans leur époque et valoriser leur exceptionnelle contemporanéité.

L’exposition Double Je est présentée en résonance avec les Journées Européennes des Métiers d’art.

La Fondation Bettencourt Schueller, mécène engagé pour la valorisation des métiers d’art, soutient depuis leur création en 2002 ce formidable coup de projecteur annuel que sont les Journées Européennes des Métiers d’Art (JEMA). L’édition 2016, qui se tiendra les 1er, 2 et 3 avril, se développe désormais dans 18 pays européens.